Juste de temps en temps, retrouver une manière plus habituelle de regarder les choses.
Un court, très court instant...
A voir le plus souvent de la même façon le monde, nous permettons nous de penser le changement?
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Venir sous la pluie et regarder...


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Revenir et regarder à nouveau, et si possible, ne pas penser tout de suite...



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Quand je m'arrête aujourd'hui pour me remémorer ces moments d'enseignement avec mon grand-père, je perçois combien son apport a été déterminant dans mes choix de vie et en rapport avec mon métier, dans ma manière de l'exercer. Nous apprenons à l'université un savoir important, indispensable. Le plus souvent, nous l'apprenons comme autant d'informations que nous compilons et dans lesquelles nous puisons en fonction des nécessités du moment.
Bien des années après les promenades en forêt, j'ai retrouvé les peurs d'une autre façon; elles étaient les symptômes plus ou moins envahissants de maladies du psychisme. Tout un courant de pensée tendait à vouloir apaiser, supprimer les peurs. En fait, il serait plus juste de dire qu'il s'agissait d'apaiser la douleur suscitée par la peur. Face à cette approche scientifique, j'apprenais et tenais ensemble les informations et le souvenir des arbres et des plantes-peur.
Ce savoir universitaire et celui pris au contact de mes ainés dans l'accompagnement, entre autres à l'hôpital où j'avais travaillé, avait l'avantage de permettre de garder une grande distance émotionnelle avec la souffrance, à travers elle de permettre à la personne de se trouver progressivement et pouvoir ainsi se reconnaitre sujet de sa propre vie. Cette dimension est importante, essentielle et au cours des années je découvrais que je pouvais tenir ensemble cet enseignement, cette formation professionnelle et l'enseignement humaniste que m'avait donné mon grand-père.
La sagesse qu'il manifestait tenait à cette façon particulière de structurer et de transmettre l'expérience humaine à partir d'un modèle, la botanique. Il revenait à moi d'unir ce modèle et l'espace d'un autre modèle d'intervention plus scientifique. Au cours des années je compris progressivement que toute souffrance procède de la peur, des peurs. Mais plus encore, que la souffrance nait dans le rapport singulier que la personne entretient avec ses peurs.
Je compris que la plupart des personnes étaient en grande difficulté quand il s'agissait de regarder, d'observer ses propres peurs. Nous n'avons aucune difficulté, si j'ose dire, à éprouver de la peur. Il me semble aujourd'hui que c'est l'émotion que les hommes éprouvent le plus fréquemment. Nous disons assez facilement: "j'ai peur, tu me fais peur, je fais peur"...Mais la grande difficulté consiste à observer le phénomène de sa peur.
En reprenant la métaphore de mon grand-père, ce serait comme de traverser un jardin les yeux fermés, de sentir des piqures provoquées par des végétaux, ressentir des brulures, mais de ne pas les voir, et de les ignorer ce qui fait que chaque fois que ces personnes sont touchées, ils provoquent ces brulures.
Apprendre à observer au contraire permet de comprendre la nature des peurs qui nous habitent et permet enfin d'y répondre de manière adéquate.
Habituellement, que se passe-t-il? Comme nous n'avons pas appris l'auto-observation, quand nous sommes pris dans un inconfort émotionnel, nous avons de la peine à comprendre que cela vient de nous. Le plus souvent, nous allons chercher à l'extérieur l'origine de notre malaise.
Bien sûr, fréquemment le déclencheur de cette émotion est extérieur à nous, et souvent aussi intérieur quand une seule pensée peut provoquer un moment de tension, de malaise, de peur. Lorsque notre attention est obnubilée par ce qui pourrait être l'origine de la blessure, nous cessons de l'observer, ce faisant nous en souffrons et comme notre attention est tournée vers l'extérieur, les effets de la blessure partent vers l'extérieur.
Ce qui semble là, dit comme cela compliqué, et que nous nommons "projection", c'est à dire prêter à l'autre ce qui se passe en nous même, grand-père le nommait: "dissémination". Il m'expliquait que nous autres, humains, augmentons les effets de la souffrance par ignorance, par souci de trouver à l'extérieur de soi ce qui est en fait en nous même, que nous participons ainsi à la dissémination des graines de la souffrance.
Je me souviens de ce jour où il avait abordé cela:

Et puis, s'habituer encore à attendre la suite, peut-être.
Pas sûr;
Mais?
Probablement...