Et je prends quant à moi le temps de les contempler...Semaine après semaine, mes promenades d'adulte me mènent par les sous bois ombreux vers mes promenades d'enfant.
J'y trouve dans un environnement différent le souvenir d'une odeur qui est la même; une odeur profonde d'humus en vie.
Il m'arrive de regarder cet humus dont on dit qu'il est la résultante morte de la nature, et d'y voir l'évidence de la vie qu'il contient.
Chaque fleur par sa différence participe à la beauté du bouquet


Et voir la vie là où elle est...


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C'est aussi cette attention qui permet, selon moi, de travailler au mieux les peurs qui nous habitent. Voilà un raccourci saisissant: D'une première peur, celle de vivre, j'en arrive à la peur de la peur. Est-ce adéquat? Oui, il y a sans doute un lien entre la peur de vivre et la peur de la peur. Nous sommes ainsi structurés qu'il y a en nous des sortes de sécurités qui nous éloignent de ce qui pourrait être trop dangereux pour nous même. Comme si nous portions à la fois ce qui nous fait vivre et ce qui s'y oppose. Nous ne sommes pas simples, nous aimerions l'être, du moins je l'affirme: J'aimerais l'être! Être cet être simple, lisse, sans plis, que je ne suis pas au quotidien. Si je l'étais, serais-je en mouvement? Pas sûr, en tous cas, je sais que je serais alors loin de la condition humaine, ma condition! Mais cela amène aussi à considérer l'aspect protecteur de certaines peurs. Cela permet de s'éloigner d'une pseudo-recherche qui viserait à annihiler toute manifestation de peur.
Mais avant de laisser s'exprimer en soi les peurs nécessaires à la vie, j'avais l'idée de visiter les grandes familles de peur, les peurs-étendards qui nous visitent quelquefois, que nous avons traversé, ou qu'il nous reste à traverser. Lorsque nous traversons ces espaces, nous les connaissons mieux et les connaissant, nous en avons moins peur, non?
Après la peur de vivre, mon grand père me parla de celle de la séparation. Lorsqu'il me la présenta en quelque sorte, c'était en été. Nos promenades étaient une oasis de fraicheur dans la moiteur des journées, nous allions dans la forêt retrouver l'ombre rafraichissante des arbres, la présence résiduelle de l'humidité, l'évidence de la vie dans sa force du midi. Souvent, vers l'heure du goûter, lorsque la chaleur s'apaisait, les animaux reprenaient leur présence sonore, chants d'oiseaux, et aussi vol de moucherons qu'il m'apprit à accepter calmement, sans m'agiter.
Lorsque tu t'agites, m'avait-il dit un jour, tu attires à toi les insectes, et également, tu orientes tout ton esprit vers leur présence. Si tu passes en acceptant leur présence, ils ont autant que toi le droit d'être là dans l'ombre des arbres, alors tu les vivras comme une partie de la forêt, comme un élément de ta promenade, ils seront ce qu'ils sont: des moucherons de la forêt. Reste calme! C'était étrange, grand-père avait la capacité à m'enseigner des choses qui prenaient sens rapidement.
-Grand-père, si je m'agite devant une peur, elle me tourmentera comme me tourmentaient les moucherons avant que je ne décide d'accepter leur présence? -Oui, c'est un peu la même chose; l'orientation de notre pensée va focaliser notre attention sur telle ou telle chose. Si tu orientes ta pensée sur le moment que tu vis, ton environnement redeviendra ce qu'il est: Ton environnement et non un ennemi personnel. Je souris alors en pensant que quelquefois un moucheron est un ennemi puissant, mais que si je le vois comme un voisin, il est un voisin, pas plus...Ah! Qu'il est bon de se libérer des jugements!!
Grand-père me rendit attentif aux premiers signes qui indiquaient l'avancée dans l'été et l'arrivée dans quelques semaines de l'automne. -Tu vois, me dit-il, l'automne arrive dans le calendrier en un jour, le 23 septembre, mais si tu regardes la forêt, il est déjà là fin août, comme aujourd'hui. Si on y réfléchit bien, il est déjà au début de l'été, au printemps...Et avant. L'automne est là de tout temps et cela fait partie du cycle normal des jours et des saisons. Si tu es très attentif, tu verras déjà des signes de sa présence, des signes qui t'indiquent que nous nous séparons de cet été et que nous allons vers l'automne. C'est dans l'ordre des choses. Nous passons notre vie à nous séparer de ce qui est pour rester dans le moment présent. -Pourquoi me dis tu cela grand-père? -Parce que il en est de même avec certaines peurs. Il y a une peur qui s'appelle la peur de la séparation, et dans sa forme la plus douloureuse la peur de l'abandon qui peut être regardée avec cette direction.
-C'est quand j'ai peur que papa ou maman ou toi disparaissiez, quand j'ai peur de votre mort? -Oui, d'une certaine manière, mais ce que tu dis est de l'ordre du normal. Il est juste de craindre la séparation d'avec ceux que l'on aime, mais quelquefois, le tout petit enfant sera du fait de son histoire soumis à une peur beaucoup plus profonde et qu'il va vivre comme l'expression d'un risque quant à sa propre vie. -Que peut-il faire? Grand-père était habitué à certaines de mes questions qui étaient autant de raccourcis qui semblaient vouloir éviter certains espaces. -Attends, je vais te parler maintenant de ces deux peurs; celles de la séparation et celle de l'abandon. C'est un peu difficile et je vais prendre du temps. -Du temps parce que ces plantes poussent lentement, ou parce qu'il faut du temps pour limiter leur prolifération et leur dissémination? Grand-père éclata de rire: En tous cas, tu n'as pas la peur de t'exprimer! Je murmurai: Pas avec toi, grand-père, pas avec toi...


Attendre encore un peu? Probablement...