Que sont les mots-nuages? Ce sont des mots qui pourraient assombrir une journée claire, ce sont des mots que l'on regarde, que l'on perçoit quelquefois comme des empêcheurs de "s'ensoleiller en rond", ou comme des protecteurs bienveillants pour qui craint les chaleurs trop fortes, ou comme des promesses de pluie rendant l'air plus vif, plus léger. Parler des peurs est comme un nuage; c'est ce que l'on en fait qui compte. Le nuage, lui, poursuit sa route de nuage, et s'éloigne vers où le vent le mène.
Reste à se demander d'où vient le vent, et quelquefois, vers où souffle-t-il.IMG_0620.jpg


Quelquefois, quand un nuage s'éloigne, il est possible de se poser la question à savoir au dessus de quel paysage, de quel pays se trouve-t-il après nous avoir quitté? Et de rêver alors tous les pays qu'ainsi il est possible de visiter en imagination.

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Je me souviens être rentré à la maison à côté de grand-père en restant silencieux. L'idée qu'il y a en l'humain des peurs et ce dès la naissance me bousculait beaucoup. je le vivais presque comme une forme d'injustice; comment, alors que nous naissons à la vie sur terre nous avions déjà à travailler dans un climat désagréable, inconfortable de peur? Qu'est ce qui faisait cela? Pourquoi les peurs ne venaient-elles pas lorsque nous sommes plus grands, plus forts, plus informés? Je passai la soirée silencieusement. Mes parents, habitués à l'effet que produisait grand-père quelquefois, mais parfaitement confiants en lui, respectaient mon retrait. D'une certaine manière, ils participaient à ma construction en permettant aux paroles de s'inscrire en moi, en laissant le temps aux idées, aux images de se structurer afin que je grandisse. C'est je pense en grande partie ce qui fait que j'ai choisi plus tard d'accompagner les autres, de, selon le mot de Françoise Dolto, "leur prêter mon oreille afin qu'ils puissent s'entendre". Cette voie m'amena à comprendre qu'il n'existe pas d'injustice dans notre naissance. Il existe une structure liée à notre appartenance à l'espèce humaine, il existe le fait de naître ici ou là, dans telle ou telle circonstance familiale, dans tel endroit, telle nation, telle période temporelle. Penser son existence sur terre comme relevant d'une injustice est se compliquer singulièrement la tâche. C'est orienter son regard vers un espace d'où la solution ne peut advenir. Il me paraît tellement plus adéquat de se pencher sur sa vie telle qu'elle est, et de tenter de la construire selon ses propres plans, avec les matériaux reçus à la naissance et aussi, plus tard, avec ceux qu'il est possible d'acquérir par un réel intérêt pour les choses et les idées, et également par le travail sur soi. Le travail de jardinage aurait dit grand-père! Ce travail commencé avec lui suscitait des périodes de différentes tonalité. Le soir où il m'avait parlé de la présence de la peur de vivre alors que l'on est pas forcément conscient déjà que l'on vit, peut s'entendre comme la peur de soi même, de la vie qui nous traverse. Il avait généré un état de réflexion intense. La nuit qui suivit fut agitée et des rêves de plantes carnivores vinrent me visiter. Le matin, je fus heureux de constater que je n’étais pas une mouche. Aujourd'hui, je n'ai plus cette hésitation. Je sais que je suis un homme! Je sus dès ce jour que j'avais une énorme chance: celle de savoir, d'être conscient de ma propre existence, de la présence normale et structurelle en moi de peurs, et aussi, que cette vie allait un jour me quitter, que j'allais mourir. Étrangement, la connaissance de cette peur, son acceptation et la décision que je percevais fortement en moi de faire avec, de tenir "mes pousses de peur en laisse", me faisait deviner la peur de la mort et je pouvais la considérer sans peur. Si cette journée ne m'avait pas ôté la peur de vivre et la peur de la mort, elle avait grandement mis à mal la peur de la peur. D'une certaine manière, je me suis alors courbé, incliné vers le bas et ai commencé à ôter quelques pousses rases qui sortaient du sol. Mon jardin commençait à manifester la présence d'un jardinier!!


Quelquefois, le soir quand les nuages s'éloignent vers l'est, l'ouest s'allume de couleurs qui font aimer être un humain debout sur la terre.
A un de ces jour, probablement...