Les forêts en été semblent avenantes, au clair du ciel elles répondent par l'ombre de leurs taillis, à la brulure du soleil elles répondent par la fraicheur de leurs sous-bois.
Et également, les forêts abritent une faune qui y vit à sa manière. Mon pied bandé est sur une chaise, et la piqure d'un insecte bat dans ma cheville au rythme de mon cœur. Je regarde ma cheville œdémateuse et me sens heureux. Cette morsure de je ne sais quoi me fait habitant moi aussi de la forêt. J'en paye le prix? Bah! Pas cher pour une telle expérience!
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Le pays de l'"Autre", différent et qui ouvre à un espace d'étrangeté...



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-Grand-père, je ne sais pas ce qu'elle veut, est-ce qu'elle pense? Quelle est son intention? Va-t-elle me mordre? Mes questions devenaient de plus en plus rapides, partaient dans tous les sens, je voulais être ailleurs, je voulais qu'il se passe quelque chose.



-Grand-père, elle est sur mon genou, elle va monter dans mon short, elle va disparaître sous mes vêtements...Grand-père... -Attend encore, regarde la, observe, respire, et sens ce qui se passe en toi... -Il se passe que j'ai envie de prendre un morceau de bois pour l'écraser, je n'aime pas cette bestiole, je la hais, c'est une mauvaise, c'est dangereux... Grand-père me prit l'épaule et me dit: Attend! respire, ne bouge pas, observe ce qui se passe en toi, observe ce qui se passe sur ta jambe.



Je pris conscience que tout mon corps était tendu, mon dos raide, mes épaules relevées, mon ventre rentré, je percevais la violence de mes pensées, mon envie furieuse d'écraser l'insecte. Pas seulement de l'écraser d'ailleurs, de l'écraser en lui faisant mal, en prenant plaisir à sa mort, en en faisant une grande vengeance...La bestiole était maintenant à mi-cuisse. Elle s'arrêta à nouveau, joua de ses antennes, et... fit demi-tour! Ah ce fut long, une éternité avant qu'elle ne fut à nouveau sur le sol de la forêt. Mon grand-père me demanda de rester tranquille jusqu’à ce qu'elle reparte sous un tas d'humus. Je me détendis progressivement, pris conscience de mes sens qui percevaient à nouveau en quelque sorte, de ma respiration qui reprenait son rythme et son amplitude, de mes pensées qui s'apaisaient, la vie me parut à nouveau belle et lumineuse à côté de mon grand père. Je ressentis le froid de ma transpiration qui avait coulé, je tremblais légèrement, comme un frémissement qui évacuait les effets délétères de ma peur.



Au bout d'un moment, il me demanda si nous pouvions réfléchir à ce qui s'était passé; je lui dis que oui, et avant, il me dit que c'était alors un bon moment pour boire une tasse de thé qu'il avait emmené dans une thermos, et d'accompagner ce thé de mon gouter une part de kouglof que maman m'avait mis dans un sachet.

...Je regarde ma cheville très enflée et mesure le chemin parcouru. La peur des insectes m'a quitté il y a longtemps maintenant. Pour autant, j'apprends depuis deux jours qu'il serait bon de faire attention à certains arachnides dont le "baiser" peut susciter des conséquences.
Apprendre encore? Probablement!