Le temps s'étire et la pensée de l'histoire trouve sa place quotidiennement dans l'espace général de mes pensées.
La pousse en devenir est-elle suffisamment forte pour être transplantée? C'est une question importante, car si nous transplantons trop tôt, la pousse est en danger de s'étioler, de mourir.
Même si la mort est oh combien un phénomène naturel, il serait dommage quelquefois de ne pas donner "sa chance" à la possibilité d'une fleur...
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Avoir toujours un pont à traverser pour concrétiser l'évidence de l'avancée...

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Lorsque je me décidai un jour à parler des peurs, de les extraire du tout que forme notre vie psychique et singulièrement notre vie émotionnelle, je fus bien étonné de constater que je ne savais pas par où commencer. Tout le monde utilise dans le langage courant le mot peur. Tout le monde, pense à un moment où à un autre: "J'ai peur", '"il, elle me fait peur", "je vais lui faire peur", "ca me fait peur"... Mon grand-père lui même m'avait accompagné dans l'exploration de cet espace de la vie tranquillement, en s'appuyant manifestement sur le fait que je savais ce qu'est la peur. Nos conversations se construisaient autour des "plantes-peurs" et il me semble qu'alors je comprenais bien ce dont il s'agissait. Aujourd'hui, alors que j'ai quitté une certaine innocence, je ne sais plus. Dois-je parler depuis la physiologie? Depuis le ressenti subjectif? D'où puis-je aborder les peurs pour à la fois les décrire et les inscrire dans la vie. En fait, l'évènement-peur est multiple, et il apparait que nous savons nommer ce qui se passe quand cela se passe. Pourtant, la peur a des caractéristiques: Lorsque nous avons peur, et tout dépend de la gradation de l'intensité de cette émotion, nous ressentons des effets physiques que nous interprétons comme étant ce que nous nommons peur. Il semblerait bien que l'enfant, très tôt, fasse cette expérience de la peur, alors dans sa forme viscérale, c'est à dire une peur sans nom, qui intervient puissamment sur sa façon de vivre le monde.



''Je me souviens que lorsque nous avions abordé ce sujet, mon grand-père m'avait demandé de lui décrire ce que je ressentais lorsque j'avais peur. Nous étions assis en forêt sur une souche et un insecte avait entrepris de grimper à ma jambe. J'allais le chasser de la main et il me dit: "Attend, ne bouge pas, ne chasse pas cet insecte; regarde le, et dis moi ce que tu vois, ce que tu sens, ce que tu penses. -Je vois cette bête qui grimpe sur ma chaussette; elle est noire, a des reflets métalliques, elle est grosse; de temps en temps elle arrête, semble me regarder et elle reprend sa montée. Elle va bientôt atteindre la peau de ma jambe. Ca y est, Je sens ses pattes crochues qui accrochent ma peau; elle est froide, son ventre touche ma jambe, elle est lourde. -Dis moi ce que tu sens en toi? -J'ai l'impression que tout mon corps se retire vers mon ventre, je ne sens plus mes pieds sur le sol, je respire moins, je me fige, ....J'ai peur grand-père, je crois que j'ai froid.-Attend encore, laisse la aller comme elle veut.
''
...Attendre assis auprès d'un pont, et, en réponse à un appel intérieur se mettre en marche,
et traverser!
Aller ailleurs? Probablement!