Hier soir, j'ai appris le décès d'une personne que j'ai supervisé. Une jeune femme qui avait orienté sa vie vers l'accompagnement des autres. Une humaniste, une personne solaire.
Son mari m'a écrit: "Elle est partie vers la lumière".
Je suis triste, et aussi, je sais qu'une lumière guide chacun de nos pas.
Suzanne savait émaner cette lumière. Qu'elle aille en paix!
Il y a en chaque personne une lumière, un "grand-père" qui éclaire l'espace juste en avant de l'endroit où se pose son pas.


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La pensée d'une fleur a-t-elle une odeur? La pensée de l'autre suscite-t-elle un sentiment d'amour possible? ...Carpe diem, disait l'autre...



Et même aujourd'hui, retrouvons ce grand-père... 28
Il m'entraina dans son atelier et se munit d'un verre d'eau, d'une petite éponge sèche et rabougrie, d'une pierre et d'un marteau. Il m'invita à être attentif et plongea rapidement l'éponge dans l'eau. Celle ci bien sûr se gonfla, il la sortit et la pressa. De l'eau tomba au sol. Il posa l'éponge puis, il prit la pierre et la plaça dans l'eau. Il la laissa de longues minutes. Pendant ce temps, il ne dit rien; nous respirions les deux sur un même rythme. J'attendais, conscient de l'importance du moment. J'adorais ces moments de grande intimité avec grand-père; je me sentais exister pleinement; je regardais la pierre dans l'eau. Doucement un drôle de sentiment prenait place en moi; j'éprouvais une sorte de proximité avec la pierre, d'intérêt, presque de compassion. La pierre devenait plus qu'une pierre et je ne savais pas quoi. Prenant le caillou de sa main, il le fit bouger devant mes yeux. -"Vois, il est humide, couvert d'eau. Cette eau va sécher si je laisse la pierre hors du verre, mais il y a là de l'eau qui recouvre la pierre." Puis, il posa la pierre sur une petite enclume qui se trouvait à côté, et avec le marteau la brisa d'un coup en deux. Prenant les deux bouts, il me les montra et rajouta: -"L'intérieur est sec, il est resté sec. Certaines personnes ont un esprit comme cette pierre; il est fermé sur lui même, et même si un coup fort provoque une fêlure, une cassure, l'eau ne pourra jamais pénétrer au cœur de cette pierre, ne pourra jamais imbiber chaque partie d'elle. Ton esprit doit être comme l'éponge; capable de s'ouvrir aux choses de son environnement, capable aussi d'exprimer ensuite ce qui l'a baigné et qui n'est pas forcément utile de garder. Il faut garder en toi ce double mouvement d'être touché et de rendre ce qui t'a touché. Les personnes qui ont l'esprit-pierre se pensent souvent fortes, elles sont dures, elles ne peuvent connaître ce grand mouvement comme une respiration de ce qui entre et ce qui sort. Quand je pense à elles, je me sens triste." Mon grand-père s'était assis sur une chaise; il donnait l'impression d'une vraie souffrance. Il rajouta: "Pour certaines personnes, il n'y a rien à faire...Rien." Je me sentais également triste, presque écrasé de tristesse; pour le coup, j'aurais pu penser qu'une pierre me pesait sur le cœur. -"Vraiment rien grand-père?


La tristesse nous étreint aussi quand, quelquefois, nous pensons à une personne dont le cœur a été un cœur éponge, absorbant et rendant l'amour...Peut-on apprendre d'elle et nous essayer à cela?
Probablement.