Un ami me disait avant hier: "Dis donc, quand la transmission commence-t-elle"?
Belle question; en fait, à y bien regarder, chaque mot que l'on prononce, que l'on écrit n'est-il pas une transmission en soi? Alors, se pose la question de ce que l'on transmet, et souvent nous pouvons constater que ce qui serait possible est comme passage d'information est très connoté, d'une manière ou d'une autre par notre intention, ou par nos émotions.
Nous échangeons dans un espace occupé par l'information et par, et ce n'est pas toujours conscient, une autre information qui elle est affective, c'est à dire contient des affects qui nous "échappent", brouillant quelquefois le message même que nous transmettons, et nous laissant ensuite désemparé, insatisfait, et en nécessite de ... recommencer!
Alors, se poser, prendre le temps de parler, de dialoguer avec les fleurs.
DSCF1484.JPG Pour se retrouver au cœur de soi même.


Pierre ne doit pas être très loin...
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Bonjour, je m’appelle Pierre, et j’ai maintenant plus de soixante ans.



Progressivement, j’ai formé ma pensée à travers de nombreuses rencontres, dont celle qui je pense a été marquante pour ouvrir ce chemin singulier, celle avec mon grand-père. Jour après jour il m’a appris à regarder au-delà des évidences, à chercher l’essence et le sens des choses. Il m’a enseigné l’intérêt pour une manière de vivre qui permet de vivre au-delà des apparences, plus authentiquement, plus pleinement. Il m’a appris à me tenir en deçà ou au-delà des grands courants émotionnels qui souvent obscurcissent la raison. Il m’a montré combien la peur, la colère et d’autres émotions transforment le réel du présent jusqu’à ramener de la mémoire un temps passé qui vient empêcher toute relation nouvelle, qui tend à pérenniser une structure établie et l’immobilise jusqu’à la mort. J’ai connu avec lui la joie de vivre le présent et d’y trouver la raison même de ma vie. Ni dans le passé, ni dans un futur hypothétique. Il m’a permis d’expérimenter la joie d’être là, quelquefois pleinement, sans « pourquoi ». Il m’a enseigné que je pouvais empêcher en moi la survenue de certaines pensées qui portent en elles le ferment de la souffrance et de la répétition. Il m’a montré que la frustration que l’on se fait à soi même n’est pas frustration, mais grandissement, que l’Homme véritable est celui qui sait s’empêcher lui-même de ce qu’il a en lui, qui lutte contre la nature de certaines de ses pensées qui sont plus de l’enfant que de l’adulte.



Tout le long de ce partage, il sera présent à mon côté, non pas dans mon passé, mais dans cette manière de vivre au présent qui m’a permis de traverser les eaux tumultueuses de certaines périodes de ma vie. Il m’a préparé à la fonction d’accompagnant, et si l’université et mes maîtres en thérapie m’ont formé à un corpus théorique, et à une pratique, il a ouvert ma conscience à elle-même, il a été le premier tailleur de pierre, il a posé la première pierre, prélude à la construction de l’homme que je suis. Après lui, chaque rencontre a été un temps riche d’échange et de grandissement. Grâce à lui, chaque occasion relationnelle a pu déployer ses possibles nous offrant, au sein d’elle-même et aux protagonistes en présence, les joyaux qui naissent d’un rapport vrai et réel.



C’est de toutes ces rencontres que j’aimerais parler, et, au-delà de leur contenu, qui ne concerne en vrai que les deux en présence, c’est leur dynamique que je veux évoquer, ce en quoi elles peuvent changer, elles ont changé la manière d’être au monde de ceux qui s’y donnent authentiquement, amoureusement, pleinement. Également comment une rencontre peut générer dans cet espace d’authenticité et de connaissance un changement tel que les deux sont plus humains après qu’avant. C’est aussi comment, dans la rencontre, nous nous ouvrons au regard et à la pensée de l’autre, pour entendre de lui cette partie de nous même que nous ignorons, et comment nous lui offrons pareillement notre regard afin qu’il perçoive cette espace de lui-même qu’il ignore. Et puis, rencontre après rencontre, comprendre et vivre cette dynamique où plus que de connaitre l’autre, je viens à la rencontre de moi-même, et l’autre fait de même, et se connait mieux. Enfin, aimer ces moments solitaires où, éclairé par la rencontre, se construit doucement l’alchimie de l’être, qui, dépassant les tumultes de l’émotion, la tient liée, et légèrement en deçà de la raison.

Je dois bien reconnaître qu'à ce stade du billet, j'ai comme une certaine émotion, là, dans le creux de l'estomac...
A demain, probablement.