Percevoir dès le matin, quand il est encore débutant, petit, dans la fraicheur de l'air, les promesses du jour.

En me promenant dès 7 heures dans la forêt, je percevais cette qualité particulière de l'air frais annonciateur d'une journée ensoleillée. L'air peut avoir une présence spéciale et donner encore plus à voir le vert tendre des feuilles, entendre le chant des oiseaux. Alors le cœur entre en joie à l'idée de ce temps qui est là, cet espace encore libre, ces possibles qui s'offrent à nous.
Dans ce moment, je pense à conscientiser ce qui est là, à m'en nourrir, sachant que bien des rencontres, bien des évènements solliciteront mon esprit et pourront agir sur mon humeur.
Alors, quoiqu'il arrive, je suis heureux de vivre.

petits matins Comme un grand-père avec son petit fils?
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L’enfant eut un sourire en regardant le reflet du visage étonné de son grand-père. Le vieux lui, se demandait comment son petit fils pouvait à son âge avoir cette rapidité d’esprit, cette faculté déjà présente de se tenir à un niveau imaginaire. Et puis, il admit sa précocité. Il l’admit dans un mouvement d’amour renouvelé. - C’est juste, deux jardiniers, deux jardins. Si tu observes bien ton visage, tu verras que c’est le visage d’une personne dont tu ne sais pas encore beaucoup. Une personne qu’il te faudra fréquenter longtemps pour la connaître. Une personne qu’il te faudra aimer pour avoir envie de vivre pleinement, intensément.

- Mais, Grand-père, ne faut-il pas d’abord aimer les autres ? Maman, papa, toi, Plume...

- Tu ne peux les aimer vraiment que si tu t’aimes toi-même. Si tu es en désaccord avec toi, si tu es insatisfait de la manière dont tu vis, si tu en viens à penser que tu devrais te punir, alors tu ne peux pas aimer les autres. Tu ne peux les aimer qu’à partir de toi quand tu es content de toi-même, quand tu es d’accord avec toi. Quand tu aimes la personne que tu es, que tu t’acceptes vraiment tel que tu es et pas tel que des gens te disent que tu devrais être, alors tu peux de grandes choses. Pas tout ; nul ne peut tout. Mais justement, quand tu acceptes que tu ne peux pas tout, tu peux alors beaucoup.

- Grand père, des fois je suis en colère contre moi, quand je fais des choses que je n’aime pas, quand j’ai du mal à apprendre, quand je ne sais pas ce que je voudrais. Ils s’assirent au bord du pont, les jambes dans le vide au dessus de l’eau. Les trois assis sur leur derrière ; l’homme, l’enfant et le chat.

-Quand tu es en colère contre toi, c’est comme si dans ton jardin venaient deux loups : Un loup calme et puissant, et un loup énervé, bagarreur. Quand ils se rencontrent, ils se battent. Le loup bagarreur veut le plus souvent se battre ; alors le loup calme accepte le combat.

- Qui va gagner ?

- Le loup qui est le mieux nourri par toi. Celui dont tu t’occupes le mieux, celui que tu reçois le plus souvent.

- Tu veux dire que si je fais attention, le loup calme et puissant va dominer ?

- Oui, la partie de toi dont tu t’occupes sera dominante.

-Mais alors, cela ne se fait pas comme ça, tout seul ? Mon entraineur au foot dit que c’est le caractère.

- Il a raison, mais il faut savoir que le caractère est ce que nous forgeons jour après jour, selon la manière dont on vit, les habitudes que l’on prend petit à petit. Il existe une sorte de poème, une citation qui se trouve dans le Talmud je crois:
"Prends garde à tes pensées car elles deviennent tes paroles,
prends garde à tes paroles, car elles deviennent tes actes,
prends garde à tes actes, car ils deviennent tes habitudes,
prends garde à tes habitudes car elles deviennent ton caractère,
prends garde à ton caractère, car il devient ton destin."

Ces paroles sont importantes. Elles sont comme une sorte de guide qui oriente ton attention plus vers toi que vers les autres. Ton entraineur t’invite à réfléchir à comment tu construis ton caractère, et comme dit le texte, ton caractère devient ton destin, ta vie. "-Dis Grand père, j’ai l’impression que l’on retrouve ce que tu disais à propos des arbres et des graines qui viennent des jardins à côté, et qui vont dans les jardins voisins.

- Exactement. Alors, si tu le veux bien, nous allons nous remettre en route vers la forêt, et en marchant, je te dirai comment les herbes et les arbres poussent dans les jardins. »


Quelquefois, je me dis que certains arbres ont de la chance de voir passer le petit Pierre...
A demain, probablement...