Ça y est, nous sommes partis;
Hier.
Il y a eu le temps du rêve, de l'avant, de la préparation, puis la mise en route.
Dans l'expérience commençante du cheminement, quel qu'il soit, il y a la découverte que le sac qui contient ce que l'on a emmené, et ce qui semble léger et/ou (sup) portable, pèse lourd, de plus en plus lourd.
Et que le sac se porte tout au long du cheminement.
qu'au bout de quelques heures, les bretelles "mordent" les épaules et que la douleur ainsi produite pose plusieurs questions:
Vais-je tenir?
Ais-je besoin de tout cela?
Puis-je régler mon sac et mieux le porter?
Ce qui vaut pour le sac à dos du pèlerin, vaut pour le cœur, la psyché, de notre vie.
Vais-je tenir avec tout ce qu'il y a en moi?
Alors, vient le temps de l'allègement.
De quoi vais-je me séparer, comment vais-je alléger mon sac, comment vais-je m'alléger?
Qu'est ce qui m'a servi un temps, dont je découvre que ce n'est pas forcément indispensable?
Ais-je besoin de cette pharmacie avec de nombreux médicaments, de ces habits pour toutes les saisons, de ce smoking pour sortir le soir, de cette veste de montagne qui protège jusqu'à moins quarante, de ces boites de nourriture pour au moins quinze jours? Ais-je besoin de toutes ces cartes, de la totalité du chemin qui datent d'il y a vingt ans, du GPS, de ma radio à ondes courtes, d'un miroir et de ma brosse à dents à piles?
Ais-je besoin de ces livres témoignage de ceux qui m'ont précédé?
Tout cela est bien lourd!!
poser ce qui ne sert plus Après deux jours de marche, (oh combien fatigante), je fais le constat qu'il y a bien des choses qui m'encombrent, que je peux poser, laisser, donner à d'autres qui préparent leur chemin.
Je vais choisir ce que je laisse, je vais choisir ce que je garde.
C'est un premier allègement.
Le sac est moins lourd, je marche mieux, je prends goût à cette marche facilitée.
Alors, jour après jour je vais choisir les autres choses que je laisse, et plus cela va, plus je constate que cela me rend disponible à ce qui est, me rend disponible à la marche en elle même, au pèlerinage, à la vision enfin de la beauté.
Tu l'as saisi d'emblée, il en est des allègements du sac à dos comme des allègements de la psyché;
Pèleriner sa vie consiste aussi à alléger notre psychisme, notre coeur de ce qui est lourd et obsolète.
C'est accepter de poser, de laisser toutes ces situations dont on aimerait changer la nature, tous ces souvenirs d'inaccompli, d'inachevé.
Se séparer en conscience de cet inachevé afin d'accomplir le possible que l'on prépare au présent.
Savoir avec acuité que tu resteras avec bien des situations où tu as un possible sentiment d'injustice, et laisser aller ce sentiment.
Que tu n'auras pas quitus de la dette, de ce que tu dois, ou de ce que l'on te doit, qu'il n'y aura pas rétribution de ce que tu as accompli.
Que cette non-rétribution transformera de fait ce que tu as accompli en don.
Et que le don en soi, et ce don que tu fais, est générosité de toi pour toi.
S'alléger sera cela, laisser ce qui n'est plus utile, ce qui encombre, ce qui est lourd, prendre le risque de manquer, et prendre aussi conscience que ce dont on a besoin, on le trouve au bord du chemin.

N'es tu pas vivant pour le manifester?

Demain, encore un peu d'allègement, et faire mémoire de qui l'on est, de l'être que l'on est, aussi.
Alors, à demain...Ici et ailleurs.