Chaque 500 mètres une borne ponctue le camino. Depuis le km 146 je les ai repérées, et je n'en "rate" que peu. Donc, je me suis arrêté, bien fatigué au km 66, le soleil s'est allié au chemin pour m'apprendre la limite. Je pense souvent à terminer d'un trait. C'est impossible bien sûr, la LOI du pèlerinage,...mais j'ai joué avec l 'idée de marcher 20 heures.... Et d'en "finir" vite avec le chemin, avec la vie en matrice. L'autre souffle m'appelle; Celui de la vie habituelle où se manifestera , (j'espère), les acquis du chemin. Il y a de plus en plus de pèlerins, (d'où sortent-ils ?) , et pour la plus part, je le vois au moment du rituel du tampon, marchent ou ont marché 1,2,3, jours. J'apprends là aussi que chacun(e) fait comme il, elle veut.

Il n'y a pas de "bon" pèlerinage, il y a des gens qui se déplacent et nous sommes tous des apprenants.

une rivière ou un chemin polntillé Cette nuit m'a appris à dormir dans le même lit qu'une vingtaine de personnes. Et il y avait trois lits dans la pièce !!
C'était étrange cette grande proximité, et, ce qui nous réunissait là ;
Dormir...
Ce matin nous étions pour la plupart débouts à 5,5 heures.
Et reprendre, à la fraicheur, la marche.

Cela cause beaucoup sur le camino, et certaines nationalités sont plus causantes que d'autres.

Et vers 11, 12 heures, la chaleur et la fatigue tarit le débit verbal, (qu'est ce qu'ils peuvent bien se raconter ?), et je retrouve la symphonie pour piafs, Coqs, chiens et grillons.,.

Je marche maintenant mécaniquement, je vais vers, je me dépêche. Je reprends de temps en temps la prière, le chant pour bloquer le mental qui aimerait, comme moi, battre la campagne. Je me gorge de beauté, et, comme je le disais il y a peu, je ré écris sur le palimpseste de ma mémoire le beau jusqu'à gratter les restes de souffrances qui ne sont presque plus ;
Tout juste si l'on devine encore sous les grattures du parchemin, les anciennes lignes des souvenirs douloureux passés. C'était une autre histoire ;
Comme l'histoire fait en partie la personne, c'était une autre personne. Le chemin me refait.

pont majuscule Aujourd'hui, étrangement, le chemin-matrice se délimitait à l'endroit où se posaient mes pieds.
Ailleurs, ce n'est pas, plus, moi.
La matrice se délimite à ce que j'en foule.
Tout le reste ne m'appartient plus.
Et c'est reposant de ne plus posséder, y compris cette grande matrice, qui se résume à présent pour moi à ce que j'en touche. Après demain j'arrive.
Je pense qu'alors, le chemin, combien je l'aime, me sera devenu étranger. Et c'est pour cela que je l'aime.
Dimanche, je clos cette part du chemin ;
Vous serez, comme à la Cruz de Fero, tous avec moi.

A très bientôt... J'espère. Aimé