le chemin à faire grandir. A Foncebadon, dans la montagne, juste avant la Cruz de fero.
Revoilà les grandes montées, revoilà les grandes descentes, voici à nouveau les chemins-rivières, les chemins-ornières, les chemins-attention. J'ai quitté Astorga à l'aube, ai salué à nouveau en passant le palais construit par Gaudi, me suis arrêté 4 kms plus loin à un ermitage simple et chaleureux. Et puis, repartir, marcher et marcher encore, aller, et je me laisse saisir par la diversité de l'environnement. Au loin, pas très loin, le dôme enneigé d'une montagne que je frôlerai aujourd'hui et demain.

Tout en marchant, (en fait, je ne m'en rendrai compte qu'après, je marcherai ainsi trois heures, sans m'arrêter, sans poser mon sac, juste centré sur la volonté d'aller plus loin ; Ultreïa !!

Et puis :
Le chemin est une matrice !!!
tranquillité.

Cette évidence pour moi me vient à la pensée sans que je sache comment.

Dans l'après coup, je me rendrai compte que cela fait plusieurs jours que je tourne autour.

Le chemin est matrice dans la mesure où il me transforme et, j'espère, me fait naître à autre chose, au souffle, à quelque chose de plus réel.
Le chemin est matrice, je suis nourri par lui, de beau et de bon, d'essentiel. Le chemin est matrice, depuis plusieurs semaines, je ne l'ai pas quitté.
Le chemin est matrice, je me sens grandir en lui.
Le chemin est matrice, en son cœur, je perçois le souffle du monde, qu'il m'arrive de nommer : le "Vent"
Le chemin est matrice, je ne pense qu'à lui, que par lui.
Le chemin est matrice, dans quelques jours je le quitterai, et sais que je n'y retournerai plus.
Il est matrice, j'y avance seul, et conscient de cette solitude voulue.


aurore enthousiasmante.
Il est Mère, une mère accueillante, nourricière. Mais aussi et surtout une mère sans désir sur ou pour moi, il ne me demande rien, ni d'arrêter, ni de continuer, ni de faire "mal", ni de faire "bien". Il ne me demande même pas d'être moi. Son altérité bienveillante est appel et accueil du désir d'être que j'incarne.

Il est là, et je l'emprunte jour après jour, je le respecte bien sûr, et il "respecte" aussi qui je suis. Il a accepté mon désir de marcher solitaire, et il me nourrit selon mon désir. Il (elle ?) est la matrice de l'être désirant que je suis, il, (elle ?) me reconnait dans cette liberté d'aller par lui vers Santiago. Il est dit que le chemin vaut par le chemin et non par le but. Je le conçois et le vis.

Ce chemin-matrice-mère vierge de désirs sur moi, mais m'accueillant en tant qu'être de désir, (personne ne m'a demandé de le marcher), et il m'apparait à l'évidence que je marche la liberté de mon désir.

Les douces montagnes m'inspirent des réflexions étranges. J'en viens à aimer chaque pierre, chaque herbe, buisson, rivière. J'aime les nuages, et la pluie, et le vent, et l'absence aussi...

J'ai conscience que dans quelques jours je vais le quitter, le "camino-matrice", le temple dont je parlais, le lieu de traversée solitaire. J'ai hâte...

Nous sommes 2, nous sommes 3, nous sommes 10 et 23.... Je sais, beaucoup d'amis jaquets m'ont dit qu'ils ralentissaient vers la fin ; qu'ils avaient l'idée, le cœur à prolonger.
Je suis quant à moi impatient, de clore, de naître ?
L'étais-je avant ma naissance il y a 60 ans ?
J'aurais tendance à le penser maintenant.
comment ne pas être impatient devant les possibles qui semblent là ?

Chemin-temple, Chemin-matrice, Chemin-chemin de vie.

Demain, très tôt, une heure après avoir quitté le refuge où je suis, j'irai poser la pierre sur le tumulus, ainsi que deux cristaux, l'un d'un ami, l'autre qui m'est "arrivé" par hasard au cours d'un voyage.
Je le disais, cette pierre a du sens, et les cristaux somme toute sont des pierres aussi,... Qui laissent passer la Lumière.

Mais comme dit l'amie Francine, "demain est un autre jour !"

A un de ces jour... J'espère.