Les yeux s'ouvrent, et la conscience est là;
Tel un paysage intérieur qui se dévoile à moi, dans ce qu'il est à ce moment là.
As tu remarqué combien nos paysages intérieurs sont changeants, comme ces ciels traversés de nuages qui donnent à voir leur profondeur?
Un ciel bleu uni est plat, et ne donne que peu l'idée de son immensité.
Ce matin, paysage (intérieur) clair, l'est est lumineux, quelques nuages agréables passent lentement, des oiseaux tournent presque paresseusement. C'est dimanche.
Hier soir, un grand vent d'amitié a donné à l'air cette qualité particulière qui nous fait aimer respirer, qui me confirme une fois de plus que vivre est bon à vivre, quoique l'on vive.
Si c'est pas bon, tenter de vivre autrement comme le préconisait Wittgenstein.
Le repas était bon, le vin aussi, les paroles échangées nourrissantes, les rires francs, l'amour (l'amitié) était bien présente, palpable dans cet espace à la fois entre nous et qui nous réunissait.
Martine a été reconnue par tous dans sa position d'aimante "prem's", et si ce n'était répété, c'était manifesté.
Il y a des moments évidents où sont ensemble des gens qui aiment en même temps; Chaque personne présente apportait joyeusement son écot d'amour, heureuse de donner de ce sentiment, de manifester aux autres: "J'aime et en suis content (e)".
De ce fait, les pensées qui se déroulaient tissaient petit à petit une construction agréable à regarder.
Ah! Comment pourrais-je amener cela avec moi?
-Si tu veux amener cela avec toi, cela pèsera dans ton coeur et alourdira ta marche.
-Qui parle?
-Je suis ton expérience, je suis cette partie de toi qui compulse tes mémoires.
-Merci, bonjour, que dois-je comprendre de ce que tu dis?
-Que vouloir garder en soi même le bon, le très bon, rancit cette mémoire.
-Ah bon? Quoi faire alors?
-Tu le sais au dedans de toi, ce que tu as vécu hier soir, fait partie de ce qui construit aussi ta chimie intérieure, qui te libère de ces addictions dont tu parlais avant hier; Il est important que tu puisses accueillir la joie de l'avoir vécu, et oublier.
-Je refuse d'oublier de tels moments?
-C'est bien cela la difficulté; Tant que tu refuses d'oublier, tu occupes l'espace des possibles, et rien de nouveau ne peut arriver dans ta vie. En acceptant tranquillement que ce qui était hier, était hier, que c'était bon à vivre, et la seule question qui se pose peut-être est: "comment vas-tu honorer ce moment d'amitié et accepter de te transformer, de changer afin que tu puisses transmettre la manifestation que tu es là et bien là, et pas dans un passé fut-il lumineux"?
-Cela vaut effectivement la peine de s'arrêter et se poser, et juste reconnaître en soi que le vécu est, et qu'il construit la manière dont je vis le présent.
Je comprends alors que l'important est de se construire au jour le jour, et de se sentir responsable de ce que l'on est, ce que l'on donne, et pouvoir dire: "Je suis comme je suis, qui je suis, et s'il y a des mémoires douloureuses en moi, résident aussi les mémoires magnifiques des instants de bonheur. Elles sont le préludes à tous les autres instants à vivre, elles sont des modèles de ce que je tente de mettre dans ma vie. Quitte à avoir de temps en temps des anxiétés, voire des peurs, des tristesses, pour pouvoir donner ce que je choisis de donner.
Le calendrier est là, sur un coin de mon bureau.
Il y a plusieurs fenêtres que je n'ai pas ouvertes. Il semble bien que quelque fois je recule ce moment où je vais savoir ce qu'il y a.
J'ouvre....

Une suite de mots:
"Rien, nada, nib, nothing",
Je suis un peu interloqué; C'est comme un message, une invitation à aller plus loin..
J'ouvre une autre fenêtre au hasard, parmi celles qui restent encore fermées sur leur contenu;

"Gratuité"

C'est étrange, en regardant ce mot, je me sens profondément riche...Il doit y avoir des mots, comme cela, bizarres, très forts dans l'effet qu'ils nous font...
Comme une évidence, me revient cette citation que faisait un ami hier soir en nous parlant de ce qu'il avait lu de Christian Bobin, sur la sainteté de la simplicité

A demain...Peut-être.