Ce matin, alors que je suis encore à 25 jours du départ, le journaliste à la radio parle de tempête sur la France.

Et tout de suite, ma pensée saute vers le plateau de l'Aubrac, et imagine la marche contre les vents déchainés.

Je peine, je souffre, mon sac donnant une plus grande prise au vent me fait tituber, je m'accroche à mes bâtons de marche, et résiste encore. Mes mouvements sont forts et difficiles, la pluie fouette mon visage, l'eau ruisselle sur ma cape et mouille désagréablement mes jambes. Je peste contre cette marche, je m'en veux de l'avoir débuté, je m'en veux de ce désir d'il y a 25 ans. J'en veux à la nature, à ceux qui sont au chaud dans les maisons que je vois au loin, j'en veux même aux vaches qui se serrent frileusement l'une contre l'autre et qui, elles au moins, ont des congénères pour s'abriter et se rassurer un peu, et.......

Et je prends conscience que je suis assis chez moi, que je bois mon thé, et que j'écoute la radio...

Quand la pensée chevauche le temps et imagine..

Pourquoi n'ai-je pas imaginé le plateau de l'Aubrac explosant de printemps, de vie, les fleurs, les oiseaux et la douceur du jour après un hiver long et froid? La tempête d'aujourd'hui génère-t-elle la tempête de demain?

Qu'est ce qui orientait ma pensée, mon imaginaire dans ce court instant de délire où je me suis fait peur tout seul?

Quel prix avais-je à payer en rapport avec le voyage?

Comment tentais-je de me défausser de ma liberté d'avoir fait le choix de partir? Comment est-ce que je niais le temps présent, (qui consiste à boire un excellent Putharjhora assis au chaud en écrivant le billet) pour construire un état émotionnel à partir de mon imagination?

Ouf! J'ai regardé mon environnement, et suis revenu au présent. Il n'y a pas un poil de vent qui me vient à la face depuis l'écran de mon P.C.

Le clin d'œil du temps me fait sourire.

Sourire pour désamorcer les ruses de l'imaginaire, et choisir un autre film, si film il doit y avoir. Les émotions du passé n'ont rien à voir avec aujourd'hui, et je dois me souvenir de ce que je disais à mon ami l'autre jour: "C'est parce que notre vie n'est pas éternelle que nous pouvons vivre des instants d'éternité".

J'écrivais il y a quelque temps que le futur sera grandement ce que nous en ferons, il sera aussi ce qu'il sera, et le pèlerinage c'est marcher, pas après pas...

A demain...Peut-être