Hier, j'ai rencontré un ami, et nous avons parlé de choses et d'autres, mais aussi d'un moment douloureux pour lui. Il a été parler, mettre des mots, à l'enterrement d'un grand ami à lui. Il me disait combien il est délicat de parler en choisissant les mots qui traduisent le mieux qui était cet homme, qui était cet ami.

Il m'a montré aussi le cadeau que cette personne lui laissé avant son "départ".

C'est un arc, un arc magnifique, noble, dans son étui.

Nous regardions cet objet, et aussi les flèches qui l'accompagnaient. Il y avait dans l'étui de belles flèches, bien droites, et également des flèches qui avaient été déformées, tordues par l'évidence d'un impact sur quelque chose de dur.

En rentrant chez moi, je me posais la question de ce qui faisait que cet homme avait gardé avec son arc ces flèches inutilisables. J'étais libre de l'interprétation que je pouvais donner à cette chose là; Ces flèches pouvaient être le souvenir d'une cible manquée, d'un moment où le tir avait sans doute été puissant, (pour tordre une flèche en aluminium), mais où la flèche avait heurté quelque chose qui l'avait déformé, et pas une de ces cible telle que celle que j'avais vu et qui sont de paille. Ces flèches représentaient pour moi une cible manquée. Alors que je conduisais sur l'autoroute pour rentrer chez moi, ma pensée errait, et comme souvent, je tentais de comprendre l'évènement à travers une interprétation que j'en faisais.

Je me sentais libre de trouver un sens à cela, et me disais que je gardais en moi aussi les souvenirs de tous ces "tirs manqués" que j'avais pu faire, de toutes ces flèches décochées et qui avaient manqué leur cible.

Je m'imaginais porter l'étui de mon arc, lourd de toutes ces flèches déformées par le ratage de la cible. Que viennent me rappeler toutes ces flèches, comment alléger ce poids? Ais-je le droit de déposer ces anciennes flèches preuves de mes ratages de cible passés?

je me suis souvenu que Jean Yves Leloup nous enseignait que "pécher" (ce verbe tant utilisé dans l'éducation religieuse), est la traduction d'"hamartia" qui signifie "manquer la cible".

Je garde en moi le souvenir lourd de ces évènements où j'ai "mal décoché ma flèche", où j'ai manqué ma cible.

Ma cible? Qu'elle était-elle alors?

La préparation de mon voyage vers St.Jacques de Compostelle répond en partie à cette question. Notre cible n'est elle pas d'atteindre le meilleur de nous même? Quitte à parcourir encore et encore les circonvolutions du labyrinthe qui nous font passer par des endroits que l'on croit connaitre et qui, s'ils sont proches, sont différents les uns des autres. Comme l'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, nous ne repassons jamais deux fois par le même endroit du labyrinthe.

Et, à partir de là, dans cette connaissance de l'approche de notre Réalité, reconnaître la réalité de l'Autre tel qu'il est, et aimer cette altérité là.

Dans l'avenir...proche. Alors,

A demain...peut-être.