Ah! Quelle joie de découvrir petit à petit les visites des lecteurs. Plus encore, la joie de lire leurs remarques, encouragements, partage d'émotions, et surtout tes propres remarques. (je propose de tutoyer sur ce blog) Construisons ensemble un espace d'échanges, de partages, de pensées. Plus encore que la narration de ma "montée" vers Le Puy et le chemin, le partage des idées de chacun (e) est source de joie, riche de possibles. Mercis, grands mercis à toutes et tous pour vos paroles qui viennent s'unir aux miennes, qui m'éclairent dans ma démarche.

Hier j'écrivais combien je retrouvais dans ma mémoire ce temps où l'idée de marcher plusieurs mois de suite avait germé en moi. Il me semble que notre désir, quand il se précise se souvient de son origine. Quand le fleuve se souvient de sa source.... Également, il me venait qu'il se pouvait que le temps se contracte alors, et que le début et l'accomplissement de l'action tendent à se rejoindre. Comme une actualisation de ce qui était alors. Comme une manière de comprendre et de "donner du sens" à une partie de soi. Chaque désir qui tend à s'accomplir nous donne -t-il la conscience de tous ces désirs qui nous ont touchés et qui n'étaient pas les nôtres ? Quelqu'un me disait un jour cette phrase de Mercier, (Train de nuit pour Lisbonne) : "Que fait-on du désir de l'autre quand il nous concerne ? " Ou étais-je quand j'ai "abandonné" la reconnaissance de ce qui pouvait être mon désir pour laisser place à celui de l'autre ? Comment m'étais-je "quitté" ?

Dans cet "avant le départ", pour 10 semaines environ, nous parlons souvent Martine, (mon épouse) et moi de "son" voyage à elle qui reste à la maison. (Pénélope ?) Elle me dit combien son premier désir est que je reste, que je quitte ce projet, que je me passionne pour autre chose, (l'observation des papillons par exemple, elle pense que c'est moins dangereux, la vie de quelque chanteur, ce serait plus dansant..Mes exemples sont exagérés, ceux et celles qui connaissent Martine le savent, et maintenant les autres aussi). Cela, c'est son désir premier, je dirais: son envie première, et quand elle en parle, je partage avec elle son inquiétude, sa tristesse. Et puis il y a son désir second, je dirais son désir élaboré, son désir de joie, son désir aimant: Me regarder accomplir le mien, me donner l'occasion aussi de la voir accomplir le / les sien (s). Pour arriver à cela, chaque fois, il me faut garder, entretenir, ce désir qui est mien et accepter que son accomplissement puisse "déranger" autour de moi. Il me faut garder ma vigne. "Mes frères m'ont faite gardienne de leur vigne, ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée"; (Cantique des cantiques). Le désir de l'Autre, (ou son envie que j'abandonne mon désir), vient fortifier alors mon propre désir. Cette position, qui peut être douloureuse, permet de creuser encore la profondeur et la réalité de l'existence de ce désir. Je connais mieux mon désir en le frottant au désir de l'autre, quand ils se "croisent". J'en perçois mieux l'orientation. Comme je le disais, l'autre alors nous permet alors de mieux connaître qui l'on est. Quand nous parlons Martine et moi de cette longue marche solitaire, chacun nous sommes confrontés à cette obligation de rester soi pour avoir une chance d'aimer l'autre. D'aimer, de respecter son désir pour pouvoir respecter, aimer l'autre, et son expression dans la singularité de son désir. Alors, il s'éclaire en moi l'idée que peut-être, les "oublis de soi" passés, les moments dont l'on dit qu'ils étaient douloureux, sont des moments où nous étions au contact de l'autre (de nos parents, des adultes quand nous étions enfants), qui eux mêmes avaient oublié leur désir, où à qui les circonstance s de la vie n'avaient pas permis d'être "gardien de sa vigne". Pouvoir reconnaître que ce qui avait pu blesser l'enfant que nous étions, était de côtoyer quelqu'un qui de par les circonstances de sa vie était étranger à son propre désir...Quelqu'un privé de son accomplissement, privé de la joie d'être lui même. L'adulte serait-il alors la personne qui, quoique cela suscite autour d'elle, accomplit son désir ? D'autres diraient : Sont adultes ceux qui se positionnent, ont conscience du "Je suis" qu'ils sont essentiellement.

Ce matin, mon désir est là, à ma conscience. Le chemin de Santiago aurait-il ceci d'effet possible, de nous révéler, et notre désir, et la possibilité, l'occasion, l'autorisation par soi donnée, de l'accomplir ? Un jour, le 25 mars, assis dans ce gite au Puy, je pourrai peut-être fredonner, plagiant Gilles Servat : "Par chance, mais aussi par vouloir, je dors en Auvergne ce soir...Dans la beauté"

A demain...peut-être ?