___ Du printemps vers plus tard ___

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le travail des peurs

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jeudi, 4 septembre 2014

Passer doucement vers la pratique...

Quel que soit le sujet traité, rien ne peut exclure l'expérience par la pratique. Toute connaissance s'appuie sur une pratique afin de s'intégrer dans la vie même de la personne. Sans cette pratique, elle reste un savoir intellectuel, et ce savoir est de peu de force face à certaines émotions qui peuvent, comme un tsunami, dévaster certains moments de nos vies. Alors, écouter de la musique...Marcher en forêt...Ou les deux à la fois?
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Prendre le temps de regarder la complexité de certains espaces, et y déceler le simple.




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-"Le plus grand malheur de l'être humain, notre plus grand malheur est de nous tromper encore et encore quant aux origines de la souffrance et à la manière de la traiter. Il nous faut arriver à cet endroit particulier où nous pouvons considérer la souffrance comme un phénomène parmi d'autres, en quelque sorte, sans en souffrir..
-Je ne te comprends pas bien grand-père.
-Tu te souviens de l'insecte qui grimpait le long de ta jambe l'autre jour?
-Oui, j'ai bien cru mourir! Il sourit.
-Et tu n'es pas mort! Mais effectivement, au moment où tu avais peur, plus rien d'autre ne comptait que cette sensation de panique qui emportait ton esprit; tu avais même oublié dans ce moment que j'étais présent, que je n'aurais jamais permis que le moindre mal te fut fait. Quand une personne est confrontée à une sensation qu'elle ne contrôle pas, ou qu'elle croit ne pas contrôler, elle va vouloir s'échapper d'elle même. Être n'importe où ailleurs que là où elle éprouve cette sensation qui l'emporte dans des espaces qui la terrifient. La sensation est si forte, si puissante, qu'elle semble occuper toute la place à l'intérieur d'elle même, alors, l'esprit trouve n'importe quelle issue pour aller ailleurs. La personne va chercher à l'extérieur d'elle même les raisons de son grand trouble. Ce faisant, elle va exporter sa sensation sur tous les autres qu'elle va rencontrer tant qu'elle est dans cet état là. Alors, ce processus d'exportation, je dis quant à moi de dissémination est en route. La personne va exprimer son mal-être de n'importe quelle façon et si possible va tenter de provoquer chez les autres des réactions. Un excellent moyen de faire cela est d'entrer dans une relation de colère, voire de violence. les relations de colère, de violence ont un très fort pouvoir de captation de la pensée, des émotions. L'émotion-colère va souvent remplacer l'émotion-peur, afin de la dissimuler à l'attention de la personne qui a peur. Ainsi, la personne qui a peur va disséminer sa peur sans même sans rendre compte, en quelque sorte par inattention à la nature véritable de sa peur.
-Oh la la! C'est terrible ce que tu me dis là. Cela veut dire que non seulement la personne a peur, mais que de surcroit elle va envoyer sa peur chez les autres en voulant s'en débarrasser?
-Oui, et ce qui est terrible c'est que non seulement elle ne s'en débarrasse pas, mais elle augmente la présence de cette émotion en elle et dans le monde. En ne prenant pas la peine d'observer, de faire attention, elle augmente les causes de sa propre peur.
Quand un arbre-peur est dans ton jardin, s'il est bien entretenu, s'il est considéré comme un arbre parmi d'autres avec juste certaines caractéristiques.
-Lesquelles grand-père?
-Comme tu es pressé! La plus importante est la capacité qu'à cet arbre à se reproduire très rapidement. Dès qu'une graine trouve un sol accueillant, elle prend racine et prolifère à une grande vitesse. Si l'on n'y prend garde, le sol est vite colonisé par cet arbre.
-Que faire?
-Deux choses importantes, essentielles: Développer une grande attention à toutes les graines qui, portées par les vents de la relation arrivent dans ton jardin; les empêcher de s'enraciner, les extirper dès qu'elles apparaissent. La deuxième chose, tout aussi importante, et peut-être plus, est de t'occuper particulièrement de ton arbre-peur, il y en a toujours un ou deux dans un jardin, et t'en occuper de façon à ne pas laisser cet arbre produire des graines, car une fois produites, c'est très difficile de les empêcher de partir vers d'autres jardins. La peur est une des graine qui colonise le plus facilement les jardins. Il suffit d'un rien pour que cela se dissémine comme une épidémie.
-Une épidémie de peur?
-Une épidémie de peur! Quand elle est importante, irraisonnée, la peur est une des pires maladie, elle se propage à une vitesse inouïe, et comme je te le disais tout à l'heure, une de ses caractéristique une fois qu'elle est enracinée est de se faire passer pour de la colère, pour de l'injustice, pour d'autres choses qui sont douloureuses mais semblent moins paralysantes que la peur.
-Donc ce que tu dis est qu'il est important que je fasse attention à ce qui arrive dans mon jardin, donc à ce que je vois, j'entends, je pense et aussi que je sois attentif à m'interdire de disséminer les graines de peur qui pourraient se trouver chez moi. C'est beaucoup, nous ne pouvons pas faire tout cela...
-Cela peut sembler impossible, c'est pourquoi je te disais que nous devons apprendre à nous observer, nous devons nous habituer à fréquenter notre jardin intérieur, nous en préoccuper, le connaitre et l'accepter tel qu'il est, sans essayer de vouloir reproduire un jardin que nous verrions à côté de nous. Quand je dis ne pas reproduire, c'est vraiment cela. Nous ne pouvons pas reproduire, chaque jardin est spécial, singulier. Mais nous pouvons faire quelque chosés pour grandir et cultiver au mieux notre jardin. Lors qu’après des années d'observation de la manière dont notre jardin est planté, et pousse, après avoir admiré dans certains jardins des arbres, des fleurs, d'autres végétaux dont nous aimerions agrémenter notre jardin, lorsque nous avons fait de la place, du vide en extirpant du sol les racines des plantes que nous ne voulons plus parce qu'elles ne nous appartiennent pas, parce qu'elles viennent de notre histoire, de notre culture mais que nous les voyons comme maintenant inutile, alors nous pouvons préparer le sol, notre sol pour la plantation d'arbres choisis par nous, parce que nous les désirons dans notre jardin pour en magnifier l'harmonie.
Mais, je te vois fatigué; nous allons rentrer à présent et je te dirai encore comment quelquefois nous souffrons de ne pas nous occuper de notre jardin, et qu'alors, nous contaminons les jardins dans notre alentours."
Je pris la main de grand-père, il m'apparaissait aussi fatigué que moi. Je tentais dans mon cœur de lui faire passer par la main la jeune force que je percevais en moi. Et par ce geste, dans cette intention que je sentais en moi, étrangement je sentis que je me redressais et que mon pas était plus posé, que je touchais moi aussi le sol du chemin avec douceur, avec respect. Je tirai doucement grand-père vers le bord du chemin et caressai de mon autre main les arbres du bord.
Je ne savais pas encore que cela s'appelait comme cela, je vivais l'amour... Je n'avais plus peur.


C'est bien de poursuivre avec peu de peur, juste ce qu'il faut? Probablement.

jeudi, 28 août 2014

De l'analogique au digital...

Juste de temps en temps, retrouver une manière plus habituelle de regarder les choses.
Un court, très court instant...
A voir le plus souvent de la même façon le monde, nous permettons nous de penser le changement?
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Venir sous la pluie et regarder...


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Revenir et regarder à nouveau, et si possible, ne pas penser tout de suite...



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Quand je m'arrête aujourd'hui pour me remémorer ces moments d'enseignement avec mon grand-père, je perçois combien son apport a été déterminant dans mes choix de vie et en rapport avec mon métier, dans ma manière de l'exercer. Nous apprenons à l'université un savoir important, indispensable. Le plus souvent, nous l'apprenons comme autant d'informations que nous compilons et dans lesquelles nous puisons en fonction des nécessités du moment.
Bien des années après les promenades en forêt, j'ai retrouvé les peurs d'une autre façon; elles étaient les symptômes plus ou moins envahissants de maladies du psychisme. Tout un courant de pensée tendait à vouloir apaiser, supprimer les peurs. En fait, il serait plus juste de dire qu'il s'agissait d'apaiser la douleur suscitée par la peur. Face à cette approche scientifique, j'apprenais et tenais ensemble les informations et le souvenir des arbres et des plantes-peur.
Ce savoir universitaire et celui pris au contact de mes ainés dans l'accompagnement, entre autres à l'hôpital où j'avais travaillé, avait l'avantage de permettre de garder une grande distance émotionnelle avec la souffrance, à travers elle de permettre à la personne de se trouver progressivement et pouvoir ainsi se reconnaitre sujet de sa propre vie. Cette dimension est importante, essentielle et au cours des années je découvrais que je pouvais tenir ensemble cet enseignement, cette formation professionnelle et l'enseignement humaniste que m'avait donné mon grand-père.
La sagesse qu'il manifestait tenait à cette façon particulière de structurer et de transmettre l'expérience humaine à partir d'un modèle, la botanique. Il revenait à moi d'unir ce modèle et l'espace d'un autre modèle d'intervention plus scientifique. Au cours des années je compris progressivement que toute souffrance procède de la peur, des peurs. Mais plus encore, que la souffrance nait dans le rapport singulier que la personne entretient avec ses peurs.
Je compris que la plupart des personnes étaient en grande difficulté quand il s'agissait de regarder, d'observer ses propres peurs. Nous n'avons aucune difficulté, si j'ose dire, à éprouver de la peur. Il me semble aujourd'hui que c'est l'émotion que les hommes éprouvent le plus fréquemment. Nous disons assez facilement: "j'ai peur, tu me fais peur, je fais peur"...Mais la grande difficulté consiste à observer le phénomène de sa peur.
En reprenant la métaphore de mon grand-père, ce serait comme de traverser un jardin les yeux fermés, de sentir des piqures provoquées par des végétaux, ressentir des brulures, mais de ne pas les voir, et de les ignorer ce qui fait que chaque fois que ces personnes sont touchées, ils provoquent ces brulures.
Apprendre à observer au contraire permet de comprendre la nature des peurs qui nous habitent et permet enfin d'y répondre de manière adéquate.
Habituellement, que se passe-t-il? Comme nous n'avons pas appris l'auto-observation, quand nous sommes pris dans un inconfort émotionnel, nous avons de la peine à comprendre que cela vient de nous. Le plus souvent, nous allons chercher à l'extérieur l'origine de notre malaise.
Bien sûr, fréquemment le déclencheur de cette émotion est extérieur à nous, et souvent aussi intérieur quand une seule pensée peut provoquer un moment de tension, de malaise, de peur. Lorsque notre attention est obnubilée par ce qui pourrait être l'origine de la blessure, nous cessons de l'observer, ce faisant nous en souffrons et comme notre attention est tournée vers l'extérieur, les effets de la blessure partent vers l'extérieur.
Ce qui semble là, dit comme cela compliqué, et que nous nommons "projection", c'est à dire prêter à l'autre ce qui se passe en nous même, grand-père le nommait: "dissémination". Il m'expliquait que nous autres, humains, augmentons les effets de la souffrance par ignorance, par souci de trouver à l'extérieur de soi ce qui est en fait en nous même, que nous participons ainsi à la dissémination des graines de la souffrance.
Je me souviens de ce jour où il avait abordé cela:

Et puis, s'habituer encore à attendre la suite, peut-être.
Pas sûr;
Mais?
Probablement...

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