___ Du printemps vers plus tard ___

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lundi, 24 mai 2010

De Fisterra, et du Cap Finisterre.

De Fisterra, et du Cap Finisterre.

Lundi, journée de clôture, clôture.
Le bus, une route qui mène vers Finisterre.
Il n'y a pas de grand vide là où finit la terre.
Il y a les épousailles des rocs et de l'océan.
Il y a les ajoncs en fleurs.
Il y a le ciel qui rejoint la mer...


La vigie a crié "mer !" dans ma tête, le voyage était fini.

Pour l'instant, je ne veux pas mettre trop de mots sur cette fin provisoire du voyage.
Il est des voyages qui se poursuivent longtemps par l'élaboration qu'ils suscitent.
Ensuite, le changement dans ses manifestations concrètes, par le "durch arbeiten", la perlaboration du vécu, des idées brassées.

Pendant une semaine environ, je reprendrai vos commentaires, et tenterai, de tricoter des phrases, de la relation avec.

Le site continue bien sûr, il sera peut-être rebaptisé.

Pour ce soir, alors que je me prépare à rentrer, me reviennent ces vers : "Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, Ou, comme celui qui conquit la toison..."

Comme Ulysse je suis heureux, Pénélope, je rentre...

A bientôt...Autrement.

Depuis Santiago...



dans la crypte Est-ce que je m'accroche encore à cette forme avec laquelle je débutais mes billets ?
Ou est-ce un clin d'œil ?
Allez, optons pour le clin d'œil !

Cette 1ère journée d'arrivée ;
Je le disais, j'ai pleuré de joie tout du long des quelques kms entre le Monte de Gozo, le bien nommé, et la cathédrale. Potron-minet et les habitudes de lever plus tardif ici s'y prêtaient. J'ai pu partager cette intensité de Vie avec Martine au téléphone, et avec Yann aussi. Et puis je suis entré dans la cathédrale. Nous devions être une dizaine de personnes disséminées dans cette immensité. Quand les hommes construisent des cathédrales, ils laissent s'exprimer leur grandeur !
En déambulant, j'ai vu l'entrée de la crypte du tombeau de Saint Jacques. Le but "officiel" du pèlerinage est ce lieu. J'y suis descendu, et là, derrière une forte grille, se tenait une messe pour 6, 7 personnes, (françaises que j'avais vu déjeuner à Monte de Gozo.) Un prêtre au visage émacié officiait en latin, et les personnes faisaient les répons. Quelque chose m'apparaissait étranger dans cette cérémonie, il y avait, pour moi, quelque chose de "sec" dans ce à quoi j'assistais, quelque chose d'inhabité. Un homme est venu dire au prêtre de se dépêcher ! ??


Moi, je lisais silencieusement les deux demandes-prières que j'avais depuis Le Puy, et vis à vis desquelles je m'étais engagé.

La crypte est petite, il y a la châsse, un petit autel, et 9,10 mètres carrés. La chasuble du prêtre (comme toutes celles des officiants que je verrai dans la journée est blanche et rouge vif, ( j'ai pensé à la toge pourpre des procureurs) et ornée de la croix "de St. Jacques" qui fait fortement penser à une épée la pointe vers le bas. Au bout de quelques 15/20 minutes, je me suis senti tellement étranger à cela que je suis sorti. Il y avait un homme faisant partie de ce groupe de pèlerins français qui était là, et attendait. Il m'a dit qu'ils revenaient pour la 3eme fois, qu'ils faisaient à chaque fois quelques étapes. Aussi que ce qui de passait dans la crypte, la messe, était exceptionnel. - et pourquoi n'y êtes vous pas ?
- moi, je ne suis pas pratiquant, c'est pour ma femme et sa sœur.


J'ai été troublé par sa réponse.
Avaient-ils "commandé" une messe dans la crypte, et si oui, au nom de quoi ?
Quel sens donner à cette célébration particulière, à cette heure si matinale ?
Plus cela allait, plus j'étais questionné, plus je me sentais "revenir dans le monde".

J'ai profité encore un peu de l'espace de la cathédrale, et, il était 8 heures, été prendre ma place dans la file des pèlerins qui attendaient l'ouverture de l'office des crédanciales pour 9 heures. Je réfléchissais à cette croix-épée que l'on voit partout ici, au sens à donner à ce qui symbolise le combat.

Contre qui ?

le bâtonnet d'encens Les "maures" dont je parlais l'autre jour, l'étranger, "l'incroyant", ou soi même ?
Il m'apparait que le combat que nous propose la quête spirituelle est un combat contre les parties de soi qui restent et/ou veulent rester infantiles , irresponsables. Et trop souvent, je vois cette proposition transformée en combat contre l'autre, différent. Un combat qui tend à annihiler la différence, au profit de l'appartenance au même. Pas à la même humanité, non, au même groupe social, ethnique, religieux, qui "détient LA vérité".
Au groupe-mère.
Où est "Notre Père" alors ??



L'homme qui m'a tamponné ma crédantiale, signifiant la fin du pèlerinage, et donné la "compostela", m,a souri, félicité. J'ai acheté le rouleau de carton pour la protéger, et suis allé à l'hôtel prendre une douche puis aller à la messe des pèlerins de 12 heures. Ma chambre n'était pas encore prête, j'ai laissé mon sac et mes bâtons, et suis retourné à la cathédrale. Elle était pleine de gens (500 ?,1000 ?), et cela bruissait de conversation, un grand bourdonnement, de gens courant derrière leur guide, d'éclats de flashs, de religieux en robes de différentes couleurs dont un joli bleu que je n'avais pas encore vu, avec une grosse ceinture de cuir à laquelle est accrochée une sacoche de cuir aussi évoquant les sacoches de cuir pour les cartouches de fusil que portaient les soldats.

Plus je regardais, plus j'avais le sentiment étrange de voir des soldats, (du Christ ?, en a-t-il besoin ?), qui devaient "tenir" une foule, un rôle... De temps en temps, peine perdue, un prêtre demandait au micro du silence.
Puis, une annonce en allemand.


J'ai compris qu'une cérémonie spéciale, (encore une ?), était faite à l'initiative ou pour un groupe de Jacquets allemands. Le buste de St. Jacques a été déplacé en procession dans toute la cathédrale, porté par une dizaine d'hommes en robe couleur prune, comme celles de ceux qui encensent avec le botifumeiro, une quinzaine de prêtres, menés par l'évêque, et des gens derrière. En fait c'était le commencement de la messe.

Il y a eu le grand mouvement de l'encensoir qui fait bien 1,5 mètres de haut, et qui monte à une quinzaine de mètres. Quand il montait vers le plafond, haut, la foule disait: Aahhh ! Visiblement heureuse du spectacle.

les ors et les pompes J'étais assis sur l'embase d'une colonne, voyait vaguement le botifumeiro, et tentait d'éviter que les fesses de la femme debout devant moi et qui se pressait pour voir, comme plein de gens qui tentait de s'approcher du "spectacle", ne me touchent le visage. Pendant quelques minutes, j'ai trouvé la situation amusante. Allais-je, me penchant d'un côté ou de l'autre choisir la paire de fesses qui aurait l'heur de me toucher?

Quelque chose a disjoncté en moi.
Je n'avais rien à faire là.
Je n'étais pas venu pour cela.



Avant d'avoir un geste malheureux et intolérant, je me suis levé, n'ai embrassé aucune fesse espagnole ou pèlerine, et ai été m'asseoir dans une chapelle isolée par une double porte en verre et réservée à la prière, chapelle calme, fraiche, simple, nous y étions quelques uns, et, j'ai pu là rencontrer ce pourquoi j'avais marché. Ma possibilité de choisir ce que je veux vivre, la manière dont je désire le vivre, sans juger les autres, sans râler.
J'ai juste respecté ce qui se disait en moi, et...... Je n'ai donc pas assisté à plus que le début de la messe des pèlerins. Que les saints me pardonnent si toutefois ils y voyaient erreur.


Ce qui se passait avant ma "fuite" dans la chapelle de prière, me tirait hors de moi, attirait mon regard vers l'extérieur, les ors, les pompes, le rituel rigide, le comportement de masse curieuse des gens. Je me perdais.
Je me quittais, j'allais être "hors de moi".
Plus dans mes pieds, plus enraciné, en colère....
J'ai retrouvé dans la chapelle le souffle qui m'a visité quelquefois sur le chemin.
Je ne sais donc pas comment se passe la messe des pèlerins, un jour de Pentecôte, à Santiago.

Je suis sorti vers 12h30, ai été déjeuner, (poulpe de midi t'enlève les soucis), suis allé à mon hôtel et ai enfin fait ma toilette. Et puis, ensuite, j'ai fait le touriste en ville !!
Ce matin, lundi, je vais à Fisterra.
Voir l'océan, la chambre à coucher du soleil.

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