___ Du printemps vers plus tard ___

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l'"Avent" › 2 quinzaine de février

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dimanche, 28 février 2010

Il y a des matins de tempête

Ce matin, alors que je suis encore à 25 jours du départ, le journaliste à la radio parle de tempête sur la France.

Et tout de suite, ma pensée saute vers le plateau de l'Aubrac, et imagine la marche contre les vents déchainés.

Je peine, je souffre, mon sac donnant une plus grande prise au vent me fait tituber, je m'accroche à mes bâtons de marche, et résiste encore. Mes mouvements sont forts et difficiles, la pluie fouette mon visage, l'eau ruisselle sur ma cape et mouille désagréablement mes jambes. Je peste contre cette marche, je m'en veux de l'avoir débuté, je m'en veux de ce désir d'il y a 25 ans. J'en veux à la nature, à ceux qui sont au chaud dans les maisons que je vois au loin, j'en veux même aux vaches qui se serrent frileusement l'une contre l'autre et qui, elles au moins, ont des congénères pour s'abriter et se rassurer un peu, et.......

Et je prends conscience que je suis assis chez moi, que je bois mon thé, et que j'écoute la radio...

Quand la pensée chevauche le temps et imagine..

Pourquoi n'ai-je pas imaginé le plateau de l'Aubrac explosant de printemps, de vie, les fleurs, les oiseaux et la douceur du jour après un hiver long et froid? La tempête d'aujourd'hui génère-t-elle la tempête de demain?

Qu'est ce qui orientait ma pensée, mon imaginaire dans ce court instant de délire où je me suis fait peur tout seul?

Quel prix avais-je à payer en rapport avec le voyage?

Comment tentais-je de me défausser de ma liberté d'avoir fait le choix de partir? Comment est-ce que je niais le temps présent, (qui consiste à boire un excellent Putharjhora assis au chaud en écrivant le billet) pour construire un état émotionnel à partir de mon imagination?

Ouf! J'ai regardé mon environnement, et suis revenu au présent. Il n'y a pas un poil de vent qui me vient à la face depuis l'écran de mon P.C.

Le clin d'œil du temps me fait sourire.

Sourire pour désamorcer les ruses de l'imaginaire, et choisir un autre film, si film il doit y avoir. Les émotions du passé n'ont rien à voir avec aujourd'hui, et je dois me souvenir de ce que je disais à mon ami l'autre jour: "C'est parce que notre vie n'est pas éternelle que nous pouvons vivre des instants d'éternité".

J'écrivais il y a quelque temps que le futur sera grandement ce que nous en ferons, il sera aussi ce qu'il sera, et le pèlerinage c'est marcher, pas après pas...

A demain...Peut-être

samedi, 27 février 2010

tirer une flèche vers demain

Hier, j'ai rencontré un ami, et nous avons parlé de choses et d'autres, mais aussi d'un moment douloureux pour lui. Il a été parler, mettre des mots, à l'enterrement d'un grand ami à lui. Il me disait combien il est délicat de parler en choisissant les mots qui traduisent le mieux qui était cet homme, qui était cet ami.

Il m'a montré aussi le cadeau que cette personne lui laissé avant son "départ".

C'est un arc, un arc magnifique, noble, dans son étui.

Nous regardions cet objet, et aussi les flèches qui l'accompagnaient. Il y avait dans l'étui de belles flèches, bien droites, et également des flèches qui avaient été déformées, tordues par l'évidence d'un impact sur quelque chose de dur.

En rentrant chez moi, je me posais la question de ce qui faisait que cet homme avait gardé avec son arc ces flèches inutilisables. J'étais libre de l'interprétation que je pouvais donner à cette chose là; Ces flèches pouvaient être le souvenir d'une cible manquée, d'un moment où le tir avait sans doute été puissant, (pour tordre une flèche en aluminium), mais où la flèche avait heurté quelque chose qui l'avait déformé, et pas une de ces cible telle que celle que j'avais vu et qui sont de paille. Ces flèches représentaient pour moi une cible manquée. Alors que je conduisais sur l'autoroute pour rentrer chez moi, ma pensée errait, et comme souvent, je tentais de comprendre l'évènement à travers une interprétation que j'en faisais.

Je me sentais libre de trouver un sens à cela, et me disais que je gardais en moi aussi les souvenirs de tous ces "tirs manqués" que j'avais pu faire, de toutes ces flèches décochées et qui avaient manqué leur cible.

Je m'imaginais porter l'étui de mon arc, lourd de toutes ces flèches déformées par le ratage de la cible. Que viennent me rappeler toutes ces flèches, comment alléger ce poids? Ais-je le droit de déposer ces anciennes flèches preuves de mes ratages de cible passés?

je me suis souvenu que Jean Yves Leloup nous enseignait que "pécher" (ce verbe tant utilisé dans l'éducation religieuse), est la traduction d'"hamartia" qui signifie "manquer la cible".

Je garde en moi le souvenir lourd de ces évènements où j'ai "mal décoché ma flèche", où j'ai manqué ma cible.

Ma cible? Qu'elle était-elle alors?

La préparation de mon voyage vers St.Jacques de Compostelle répond en partie à cette question. Notre cible n'est elle pas d'atteindre le meilleur de nous même? Quitte à parcourir encore et encore les circonvolutions du labyrinthe qui nous font passer par des endroits que l'on croit connaitre et qui, s'ils sont proches, sont différents les uns des autres. Comme l'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, nous ne repassons jamais deux fois par le même endroit du labyrinthe.

Et, à partir de là, dans cette connaissance de l'approche de notre Réalité, reconnaître la réalité de l'Autre tel qu'il est, et aimer cette altérité là.

Dans l'avenir...proche. Alors,

A demain...peut-être.

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