___ Du printemps vers plus tard ___

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi, 4 août 2014

vacances...

Les vacances sont souvent un espace où l'on tente de remplir son temps avec des activités et d’autres choses que l'on ne fait pas habituellement. Les vacances perdent alors le sens que l’étymologie du mot donnerait à penser. Ce qui est vacant est vide! Et c'est cette vacance justement, ce vide qui est intéressant!
Ce vide nous invite à une observation fine de ce que nous sommes. Ce vide, est riche des possibles qu'il contient potentiellement, de nouveau dans notre vie.
Pas seulement de nouveaux paysages, de nouveaux lieux plus ou moins exotiques, de nouvelles expériences, mais aussi la possibilité de nouvelles façons de penser.
Penser autrement, penser plus joyeusement, penser et construire son bonheur...Merci les vacances...avec du vide!
IMG_20140804_145620_-_Copie.jpg

Que regarde-t-on? Le plein? Le vide?
La beauté de ce jardin ne procède-t-elle pas de cette construction et de cet équilibre qui invite à se poser là, et tenter d’accueillir en soi ce qui est là, ou pas?
En tous cas, chaque fois que je vais chercher mon thé aux "Jardin de Gaïa", je profite pleinement de ce cadeau qu'ils font aux personnes qui viennent les voir.

41
les rencontres avec mon grand père se suivaient au rythme de mes vacances, des visites de mes parents chez lui ou des siennes chez mes parents. C'était à chaque fois une rupture nette dans le fil de ma vie; j'attendais avec une impatience non feinte le moment où il allait me regarder, et m'inviter à la promenade. Cela faisait plusieurs jours que j'attendais la rencontre Nous nous étions quittés sur l'idée de la peur de la séparation et celle de l'abandon, deux peurs dont il disait qu'elles étaient douloureuses et normales à la fois. Je me souviens d'avoir abordé avec lui cette normalité de la peur. La peur est juste à un certain moment. C'est lorsqu'elle s'installe, lorsqu'elle fait des bourgeons, lorsqu'elle envahit le "jardin" que cela devient problématique. Ainsi, lorsque nous nous vîmes, je lui demandais de revenir sur ces peurs dont il avait promis de me parler. Il y avait en moi comme une fascination pour elles et je pensais déjà que sans doute j'allais rencontrer en moi les restes de ces peurs. Il m'amena sur le banc au fond du jardin. Il prit aussi deux balles de tennis usagées et me demanda de m'asseoir à nouveau comme sur le rocher, les balles sous mes fesses et de me centrer sur la sensation puis sur la perception de ma respiration. A nouveau, au bout de quelques minutes, je perçus en moi cette qualité de présence calme qui me permettait d'entendre ce qu'il disait sans être emporté, submergé par mes émotions. Il posa ses mains l'une sur l'autre, sur ses cuisses. je voyais sa position assise et sentais la force qui émanait de lui. Nous respirions à l'unisson.
"Comme je te le disais, quand nous naissons, nous sommes déjà en contact avec tout un monde émotionnel; qui vient de ce temps de gestation où nous vivons en fusion avec notre mère, et puis nous vivons la séparation de la naissance. C'est une expérience fondamentale, nous gardons toute notre vie en nous les traces de ce moment. La peur de la séparation est liée à cette période du lien très fort avec la mère; c'est une période de fusion où l'enfant, le bébé se sait totalement dépendant pour son existence de l'adulte. Seul, il ne peut rien. Ni se nourrir, ni se chauffer, il ne peut vivre seul. Il arrive qu'un ou des évènements vienne marquer dans la mémoire de l'enfant l'absence de sa mère. Ce peut être un voyage, une hospitalisation, quelque chose qui va venir toucher la confiance que l'enfant porte à l'adulte. Il arrive quelque fois que cela se mette en place un peu plus tard, quand une sœur ou un frère arrive et que les parents semblent un peu moins attentifs à l'enfant. Le petit enfant va alors vivre la panique d'être laissé, séparé, abandonné. L'enfant ne sait pas encore discriminer les choses et si une telle situation se présente, sa peur va la lui faire vivre intensément et de manière définitive. Ces évènements laissent des traces longtemps dans l'esprit de ces enfants, souvent ces traces vont rester toute la vie, s'il ne s'en occupe pas. Cette peur de l'abandon va se rejouer dans l'inconscient de ces personnes qui auront peur de nouer des relations ou qui vont quitter la relation en premier par peur d'être quitté. Toute leur vie va être orientée par cette problématique: Quitter ou être quitté.
-Et si l'enfant a vu rapidement qu'il n'était pas abandonné?
-Repenses aux jardins; quand une graine a pris racine, elle pousse et produit des fruits qui vont se semer et éclore et ainsi de suite. "La plante-peur-d'être-abandonné" pousse très rapidement et est très vivace, très résistante. Il est difficile de s'en occuper pour éviter qu'elle ne graine et qu'elle n'aille envahir les autres jardins.
-Je comprends que la première graine vienne de la relation du bébé et de sa maman, mais ensuite, comment puis-je reconnaitre ce genre de plante qui viendrait de quelqu'un d'autre? Cette plante produit chez le jardinier dont le jardin en est envahi des manières de vivre douloureuses. Comme je te le disais, ils quittent souvent par peur d'être quitté. De ce fait, ils ont du mal à s'engager de manière sûre, fiable. Ils mettent beaucoup d'énergie à tenter de se protéger de dangers qui en fait n'existent pas, du moins pas ailleurs que dans leur tête. Souvent, comme ils ne se font pas vraiment confiance à eux mêmes, ils tenteront de se rassurer en entrant dans des groupes de personnes où ils tenteront de trouver une place rassurante. Ils chercheront une personne qui soit pour eux une référence. Ils se mettent souvent sous l'autorité de quelqu'un auquel il pourront se référer, mais avec la peur que ce "chef" ne les quitte, ne les abandonne. Leur chemin de libération est souvent plus ardu que celui d'un autre jardinier qui a moins de ces plantes-peurs, qui s'en occupe.
-Comment s'en occuper?
-Oui, il y a de bonnes méthodes pour empêcher que ces plantes n'envahissent le jardin, je t'en parlerai. Mais avant, j'aimerais que tu me dises ce que tu sens?"
Sa question me ramena à moi; je dus bien reconnaitre que je n'étais pas si confortable qu'au début. Je lui dis et aussi que je pensais que d'en parler avait réveillé cette peur en moi, et que je faisais confiance dans ses conseils de jardinier avisé. Il m'invita à en dire plus. Je perçu alors de manière plus fine ce qui se passait en moi. Une sensation dans mon ventre qui avait tendance à se rentrer, ma respiration était plus haute, plus restreinte qu'au début. Des impatiences dans mes jambes, et une envie de partir de ce banc. Je lui rapportai tout cela, il eut l'air satisfait.
-Bien me dit-il, nous allons passer au jardinage!

Allez, le temps de chercher dans la remise les outils et j'arrive...Bientôt?
Probablement!

mercredi, 23 juillet 2014

L'été prend des couleurs...

Et je prends quant à moi le temps de les contempler...Semaine après semaine, mes promenades d'adulte me mènent par les sous bois ombreux vers mes promenades d'enfant.
J'y trouve dans un environnement différent le souvenir d'une odeur qui est la même; une odeur profonde d'humus en vie.
Il m'arrive de regarder cet humus dont on dit qu'il est la résultante morte de la nature, et d'y voir l'évidence de la vie qu'il contient.
Chaque fleur par sa différence participe à la beauté du bouquet


Et voir la vie là où elle est...


40

C'est aussi cette attention qui permet, selon moi, de travailler au mieux les peurs qui nous habitent. Voilà un raccourci saisissant: D'une première peur, celle de vivre, j'en arrive à la peur de la peur. Est-ce adéquat? Oui, il y a sans doute un lien entre la peur de vivre et la peur de la peur. Nous sommes ainsi structurés qu'il y a en nous des sortes de sécurités qui nous éloignent de ce qui pourrait être trop dangereux pour nous même. Comme si nous portions à la fois ce qui nous fait vivre et ce qui s'y oppose. Nous ne sommes pas simples, nous aimerions l'être, du moins je l'affirme: J'aimerais l'être! Être cet être simple, lisse, sans plis, que je ne suis pas au quotidien. Si je l'étais, serais-je en mouvement? Pas sûr, en tous cas, je sais que je serais alors loin de la condition humaine, ma condition! Mais cela amène aussi à considérer l'aspect protecteur de certaines peurs. Cela permet de s'éloigner d'une pseudo-recherche qui viserait à annihiler toute manifestation de peur.
Mais avant de laisser s'exprimer en soi les peurs nécessaires à la vie, j'avais l'idée de visiter les grandes familles de peur, les peurs-étendards qui nous visitent quelquefois, que nous avons traversé, ou qu'il nous reste à traverser. Lorsque nous traversons ces espaces, nous les connaissons mieux et les connaissant, nous en avons moins peur, non?
Après la peur de vivre, mon grand père me parla de celle de la séparation. Lorsqu'il me la présenta en quelque sorte, c'était en été. Nos promenades étaient une oasis de fraicheur dans la moiteur des journées, nous allions dans la forêt retrouver l'ombre rafraichissante des arbres, la présence résiduelle de l'humidité, l'évidence de la vie dans sa force du midi. Souvent, vers l'heure du goûter, lorsque la chaleur s'apaisait, les animaux reprenaient leur présence sonore, chants d'oiseaux, et aussi vol de moucherons qu'il m'apprit à accepter calmement, sans m'agiter.
Lorsque tu t'agites, m'avait-il dit un jour, tu attires à toi les insectes, et également, tu orientes tout ton esprit vers leur présence. Si tu passes en acceptant leur présence, ils ont autant que toi le droit d'être là dans l'ombre des arbres, alors tu les vivras comme une partie de la forêt, comme un élément de ta promenade, ils seront ce qu'ils sont: des moucherons de la forêt. Reste calme! C'était étrange, grand-père avait la capacité à m'enseigner des choses qui prenaient sens rapidement.
-Grand-père, si je m'agite devant une peur, elle me tourmentera comme me tourmentaient les moucherons avant que je ne décide d'accepter leur présence? -Oui, c'est un peu la même chose; l'orientation de notre pensée va focaliser notre attention sur telle ou telle chose. Si tu orientes ta pensée sur le moment que tu vis, ton environnement redeviendra ce qu'il est: Ton environnement et non un ennemi personnel. Je souris alors en pensant que quelquefois un moucheron est un ennemi puissant, mais que si je le vois comme un voisin, il est un voisin, pas plus...Ah! Qu'il est bon de se libérer des jugements!!
Grand-père me rendit attentif aux premiers signes qui indiquaient l'avancée dans l'été et l'arrivée dans quelques semaines de l'automne. -Tu vois, me dit-il, l'automne arrive dans le calendrier en un jour, le 23 septembre, mais si tu regardes la forêt, il est déjà là fin août, comme aujourd'hui. Si on y réfléchit bien, il est déjà au début de l'été, au printemps...Et avant. L'automne est là de tout temps et cela fait partie du cycle normal des jours et des saisons. Si tu es très attentif, tu verras déjà des signes de sa présence, des signes qui t'indiquent que nous nous séparons de cet été et que nous allons vers l'automne. C'est dans l'ordre des choses. Nous passons notre vie à nous séparer de ce qui est pour rester dans le moment présent. -Pourquoi me dis tu cela grand-père? -Parce que il en est de même avec certaines peurs. Il y a une peur qui s'appelle la peur de la séparation, et dans sa forme la plus douloureuse la peur de l'abandon qui peut être regardée avec cette direction.
-C'est quand j'ai peur que papa ou maman ou toi disparaissiez, quand j'ai peur de votre mort? -Oui, d'une certaine manière, mais ce que tu dis est de l'ordre du normal. Il est juste de craindre la séparation d'avec ceux que l'on aime, mais quelquefois, le tout petit enfant sera du fait de son histoire soumis à une peur beaucoup plus profonde et qu'il va vivre comme l'expression d'un risque quant à sa propre vie. -Que peut-il faire? Grand-père était habitué à certaines de mes questions qui étaient autant de raccourcis qui semblaient vouloir éviter certains espaces. -Attends, je vais te parler maintenant de ces deux peurs; celles de la séparation et celle de l'abandon. C'est un peu difficile et je vais prendre du temps. -Du temps parce que ces plantes poussent lentement, ou parce qu'il faut du temps pour limiter leur prolifération et leur dissémination? Grand-père éclata de rire: En tous cas, tu n'as pas la peur de t'exprimer! Je murmurai: Pas avec toi, grand-père, pas avec toi...


Attendre encore un peu? Probablement...

- page 3 de 85 -