___ Du printemps vers plus tard ___

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jeudi, 21 août 2014

Grandir vers l'automne

Et tourner son attention vers ses signes, les feuilles des arbres, l'ensemble de la nature, une nappe de brume sur les prés, un vol d'oiseaux tendu vers le sud... Je me souviens de cette histoire:
A l'automne, la feuille de l'arbre prend conscience de sa mort prochaine.
Alors, elle est triste.
Mais si elle prend conscience qu'elle est l'arbre dans sa modalité de feuille, elle saura qu'elle fait partie du grand cycle de la mort et du devenir.
Elle acceptera sa condition et tombera doucement vers le sol, vers l'humus en devenir...
les chemins de l'Ubac

Aller vers l'hiver n'est rien, c'est se préparer à ses beautés, à cette période où la nature se repose et se prépare au printemps


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Grand-père s'assit silencieusement à mon côté. Nous restâmes ainsi longtemps côte à côte en silence. Aujourd'hui, quand je me remémore de tels moments, j'ai l'idée que grand père savait créer des bulles qui nous isolaient de l'habituel, du jeu d'action-réaction qui fait le quotidien de la plupart des gens. Il ouvrait des espaces de présent, libérés du passé et de l'avenir. Ces temps étaient le terreau de l'orientation des pensées qui venaient alors en moi, et aussi le terreau de l'homme que je devenais petit à petit. Il m'apprenait à m'isoler de l'agitation, des envies, et aussi de certaines pensées habituelles qui étaient autant de manière de nourrir des émotions comme la colère, l'envie, la jalousie de l'autre, l'injustice. Maintenant je dirais qu'il me formait à la méditation comme outil de gestion de mes réactions émotionnelles excessives, récurrentes. Nous étions là, silencieux au pied de l'arbre. Le temps une nouvelle fois s'était immobilisé. Ma respiration s'était régularisée. Je me sentais presque lourd, mes paupières se fermaient, je me sentais à nouveau bien. Au bout d'un long moment, grand-père m'invita alors à revenir un peu dans le passé. -Observe ce qui se passe en toi; reviens à tout à l'heure lorsque tu t'es assis en pleurant au pied de notre ami le chêne; dis-moi, que t'ont dit tes larmes? -Je me sens lavé grand père, je sens que mon intérieur a été lavé par mes larmes. -Certaines larmes lavent l'âme, elles déploient la poitrine, elles approfondissent le souffle; elles parlent aussi à la personne qui les verse... J'eus un frisson de tout le corps, un frémissement. Ma voix me sembla venir de très loin dans mon ventre, j'avais la sensation qu'elle emplissait l'ensemble de mon corps. -Tu es dans les espaces amoureux de la vie; tu ressens la vie; toute chose de la nature est aussi une part de toi, qui vit avec toi, et tu es responsable de ce que tu y fais. Tu n'es pas seul, l'abandon n'existe pas vraiment. Il est des séparations, il est des douleurs liées à ces séparations, mais la Vie ne t'abandonne jamais... A nouveau il y eut un espace de silence. Je repris:
-Grand père, tu me disais que l'amour qui soigne la peur se travaille.
-Que faisons nous Pierre? Observe bien: Nous parlions des peurs, de celle de l'abandon et de ce qu'elle génère dans la vie des personnes qui en souffrent. Et puis, alors que les traces de cette peur se réveillaient en toi, tu as ouvert ton cœur à ce qui t'entoure, à la beauté de cette forêt, à la voix de cet arbre qui soutient nos dos en ce moment. Tu as ouvert ton esprit à la pensée de tous ces gens qui subissent les choses sans les connaitre, qui souffrent par ignorance de ce qui est, par peur, par la vague conscience qu'ils ont de laisser les graines de souffrance qui sont en eux envahir le jardin des autres. C'est de cela que nous parlions. Tu as choisi d'éviter le plus évident qui aurait été la réaction émotionnelle d'accuser ces gens de ne pas faire ce qu'ils devraient, de ne pas s'occuper de leur jardin. Tu n'as pas voulu juger, accuser. Alors, cela a laissé la place à ta capacité à aimer, à voir quand même le beau, le doux. A ce moment là, c'est le chant de l'arbre que tu as entendu, c'est vers lui que tu as tourné ton attention. Tu t'es abandonné à ton ami l'arbre...
-Je me suis abandonné grand-père?
-Oui, c'est le même mot! S'abandonner est difficile parce que dans notre langue "s'abandonner" est proche de "abandonner". Pourtant, dans "s'abandonner", se trouve cette possibilité d'amour. C'est se soumettre; comme tu l'as fait, au grand courant qui t'a alors traversé. Si tu as abandonné quelque chose, c'est le fait de vouloir résister. Tu t'es soumis à ce qui était là et tu t'y es abandonné. Tu entends? "Être abandonné, abandonner" et à côté, "s'abandonner"...
-Les mots ne transportent pas la même émotions.
-C'est le principal apprentissage d'aujourd'hui: S'approprier un mot, comprendre comment la peur nous fait mettre le possible à l'extérieur de nous nous laissant dans une quête sans fin d'un bonheur qui ne demande qu'à passer la porte de notre cœur...Comment, ensuite, cette porte restant ouverte, tout l'amour du monde peut y pénétrer et alors...
-Alors nous ressentons l'amour que nous éprouvons pour les autres!
-Oui, et comme c'est de l'amour que tu sens en toi, que tu donnes, personne ne peut te le prendre, tu resteras riche de tout cet amour que tu donnes, tu ne te sentiras plus jamais abandonné...
Nous nous relevâmes, il m'entoura de ses bras et je me serrai fort contre lui. Le jour baissait et nous reprîmes le chemin de la maison.


Se reposer pour reprendre plus tard? Probablement...

jeudi, 14 août 2014

Entrer dans le soin

Le forêt dans mon cœur a pris le rythme de l'été. Elle est alanguie au soleil et fraiche sous les ramures.
Les sentiers qui la traversent sont bordés de petites fleurs qui posent sur les verts végétaux des bleus et des rouges rompant l'uniformité apparente, mais incitant la pensée à quitter les habitudes. Les fleurs ont de grandes fonctions dans la forêt! IMG_0349.jpg

Être à cet endroit ci, ou imaginer ce qu'il y a au delà de ce qui se perçoit?
La réponse à cette question porte bien des possibles...





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Nous avions déjà passé un bon moment sur le banc, et il m'invita à une promenade. Après quelques minutes de silence, minutes pendant lesquelles j'observais sa manière de poser ses pas sur le sol de l'allée, presque tendre pour la terre, presque précautionneuse, comme une caresse. Je pensais alors que je voyais quelque fois d'autres personnes marcher d'une manière conquérante, dure, agressive, et je faisais cette différence. Etait-ce parce que nous avions le temps? Etait-ce lié plutôt à un état d'esprit? Je voyais dans son pas le même respect que l'on peut voir dans le pas d'un alpiniste qui se pose doucement sur le rocher qu'il atteint en marchant. Grand-père marchait en respectant la terre, le sentier. D'autres marchent en s'appropriant la terre. Je fus triste pour eux, pour ce qu'ils manquaient d'expérimenter. Comme souvent, grand-père m'observait du coin de l'œil
-Pierre, tout est question d'amour. Il est possible de marcher tendrement, humainement. Il est possible de marcher agressivement, ce qui est humain aussi, mais d'une autre manière. Si une personne a peur, elle aura l'idée et peut-être même l'obligation de penser qu'elle doit être toujours sur ses gardes, qu'elle doit toujours assurer sa sécurité contre les autres, contre le monde. Cette position est liée totalement à la peur que la personne éprouve et dont elle est plus ou moins consciente. La peur nous fait nous méfier, nous préparer au pire. Les romains au temps de leur conquête, avaient cette expression: "Si tu veux la paix, prépare la guerre". A bien y regarder, c'est vrai sur le court terme, mais sur le long terme, seule la préparation de la paix amène la paix. Tout ce qui ramène à la peur, les mots, les actes, la manière de penser, crée encore plus de peur, crée encore plus de souffrance. L'amour de soi, des autres, du monde nous met en harmonie et éloigne les dangers.
-Comment pourrais-je aimer quelqu'un qui me fait du mal? J'en aurais forcément peur.
-Oui, la peur vient en premier. C'est notre côté animal, notre première réaction. Elle naît dans la manière dont nous pensons un évènement, quelquefois nous ne sommes même pas conscients de ce moment où notre esprit analyse et pense ce qui se passe. Quand un évènement se produit, Pierre il produit sur toi un choc. Il entre en toi par le canal de tes sens, tes yeux, tes oreilles, ta peau, ta langue, ton odorat...
-C'est vrai, il m'arrive de ressentir comme un choc dans mon corps certaines fois, quand ce que je vis est fort..
-Ensuite, une partie de ton cerveau va produire des émotions à partir de tes souvenirs, de ton expérience passée. Ensuite seulement tu réagiras.
-Cela semble long.
-Oui, "semble" est le bon mot car en fait cela dure une microseconde et la plupart du temps tu n'es conscient que de l'émotion et de ta réaction sans savoir, sans conscientiser l'évènement par lui même et le ou les souvenirs qu'il a entrainé.
-Je ne comprends pas bien.
-Nous fonctionnons ainsi, quand nous vivons quelque chose, notre cerveau va en premier dans ses "banques de données" voir à quoi cet évènement se rapproche le plus. Et puis, il va mettre en route "l'usine à émotions" qui fonctionne sur ce souvenir ancien et pas sur l'évènement présent. Et cela, tu n'en as pas conscience le plus souvent.
-Tu veux dire que je réagis non pas à ce qui se passe mais à ce qui s'est passé dans mon passé sans le savoir?
-C'est exactement cela!
-Comment faire?
-Revenons au jardinage. Imagines qu'une plante-peur s'est implantée dans ton jardin avec l'aide de circonstances qui ont favorisé son enracinement. Je te l'avais dit, ces plantes sont spéciales et nécessitent de s'installer à l'ombre et ensuite poussent en envahissant tout le jardin. Quand de nouvelles graines se présentent, si tu es un bon jardinier, elles ne trouveront pas les mêmes circonstances d'enracinement qu'au début. Entre temps, tu auras appris à t'occuper de ton jardin et à y mettre des éléments qui changent la nature de la terre, ne permettant plus cette réimplantation.
-Je dois amender ma terre avec de l'amour?
-C'est cela, entre autre. L'amour que tu t'entraînes à éprouver en combattant en toi les réactions de peur, construit progressivement un état de confiance qui rend la reprise des plantes-peur très problématique.
-Comment travailler l'amour?
-Il y a bien des façons de le faire. La plupart des jardiniers croient que l'amour va de soi, qu'il ne se travaille pas, qu'il se cultive de lui même. L'amour est la plus belle plante de ton jardin et celle qui nécessite le plus de soins. jusqu'à ce qu'il se soit installé en grande partie.
-Oui, mais comment faire?
-La chose la plus difficile, tu sais des fois j'aime te proposer en premier le plus difficile car après tout est plus aisé, le plus difficile est de prendre conscience de ce qu'il y a dans ton jardin et d'avoir le souci constant d'empêcher la dissémination des plantes-douleur dans les autres jardins, en étant extrêmement attentif à ce que tu fais, à ce que tu dis, à ce que tu penses.
-Je me souviens grand-père, un jour tu m'avais dit une histoire où tu me rendais attentif à prendre garde à mes pensées car cela devenait des paroles et puis des actes...
-C'est cela le jardinage premier. Plus que lutter contre ce qui te vient de l'extérieur, apprends à gérer l'intérieur de ton enclos et plus tu auras le souci de ce qui s'en échappe et va éventuellement grainer dans les autres jardins, plus tu seras en amour."
Je demandais à mon grand-père de nous arrêter et m'assis au pied d'un arbre. Je me sentais presque mal, comme submergé, ivre de pensées. Il m'invita à ressentir dans mon dos la présence du chêne, à me mettre à son écoute. Dans le bruissement retrouvé des feuilles j'entendis des mots tendres de la nature, des mots de reconnaissance, d'encouragement.
Je me laissai aller contre l'écorce qui me parut alors accueillante et pleurai doucement.

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